Elle rumine en moi depuis plusieurs jours. Elle se nourrit des riens qui font le quotidien.
Je suis en colère contre les images que je peux voir de ci de là, au bout de la zapette, des images indignes, qu’elles soient d’ici ou d’un autre pays. Quand l’indignité d’une émission manipulatrice se cogne à l’indignité de bombardements, je bous.
Je suis en colère contre ces monstres qui n’ont jamais grandi, qui en sont restés aux batailles de cours de récré, qui jouent à la guerre comme à la balle au prisonnier.
Je suis en colère contre l’agroalimentaire et les céréales qui nous empoisonnent à petit feu.
Je suis en colère contre ce que l’on fait de l’image de la femme, sur les murs du métro, dans les magazines, sur les sites pornos. Tout est à vomir, de ces filles enfants que l’on manipule, à la baguette de l’argent, à la baguette d’un chantage, à la soumission d’un homme veule, d’un système pourri jusqu’à la moelle, et tous les civilisés que nous sommes se vautrent dedans, à pleine main, à plein corps, embouchés.
Je suis en colère qu’un jour mon fils, ce futur homme, puisse tomber dans cette facilité de croire, que ce qu’on te montre est ce qui est. La réalité d’un montage, d’un trucage, la réalité de se branler devant des images qui ne disent rien d’autre que la faiblesse d’être humain, sans penser à rien.
Je suis en colère de faire partie de cette horde, qui a pu être aveugle d’un geste de trop, d’une main gaspillée, d’un langage abusé.
Je suis en colère de ne pas savoir dire ce que je suis, femme, fille, enfant, mère, épouse, jamais ni tout à fait l’une ni complètement l’autre. Je voudrais pouvoir partir et claquer la porte, ne plus revenir quand ça va trop loin, quand la confiance dans l’humain se taille la route, parce qu’un homme aura préféré se taire, et laisser la mort l’emporter, en silence, sans que sa fille puisse lui faire ses adieux.
Je suis en colère des hommes qui mentent, ils rêvent de Marilyn, alors qu’ils ont Fantine dans leur lit. Je suis en colère des hommes qui n’ont pas conscience que les femmes savent qu’elles sont Fantine.
Je suis en colère des mensonges.
Je suis en colère des faux-semblant.
Je suis en colère d’avoir perdu ma compassion.
Je suis en colère de voir le mal que supportent des gens que j’aime. Je suis en colère quand on est pas assez en colère avec moi.
Je suis en colère d’être en colère.
Parce que je sais que la colère cache quelque chose, une colère contre soi, de n’être pas assez celle que je veux être, d’être trop celle que je ne veux pas être, en colère de ne pas être juste.
Mais c’est comme le tonnerre, après passe le beau temps.

Non il y a des colères qui doivent rester, devenir résistantes.
Je ne connais pas la colère, pas le mot. Je vis des émotions, des révoltes.
La colère qui ne trouve pas une issue est sans doute très difficile.
Il y a un sujet, par contre, où ma révolte rencontre un mur, y compris dans ma maison, c’est le ressenti de femme, c’est l’expérience de subir des agressions même « petites », d’avoir connu les regards d’hommes ( malades, malveillants, mal aimés….mais…) qui me prenaient pour 2 nichons et des fesses, à leur disposition dans l’espace public.
J’ai eu une longue et sincère ( et fragile) discussion à la maison récemment pour faire comprendre que non, les gonzesses ne sont pas entrain de péter les plombs et de prendre TOUS les mecs pour des violeurs.C’est une grande tristesse de ne pas être comprise, une colère cette fois, qui pourrait me faire prendre mes valises.
Mais nous avons pu poser nos différents vécus et points de vue. Les hommes, en général n’ont jamais été pris pour des objets sexuels dans l’espace public ( sauf les homo sans doute quand ils le portent sur eux ?). Une femme sait très vite en quelques regards et attitudes, si elle a devant elle « un malade » ou si tout va bien et on peut communiquer, séduire, s’amuser, qques minutes, ou plus, sans que ce soit malsain.
C’est cela que ne sait pas D., le statut de victime ou « d’humiliée « qu’une femme a ressenti au moins une fois dans sa vie et l’expertise que ça lui donne » à vie » pour faire la différence.
Ne saisissant pas cela, des hommes peuvent penser, « mais merde, elles sont devenus suspicieuses de tous les mecs ? Elles abusent ! »
Et là ça grince un max.
Bon cela n’a sans doute aucun rapport avec ce que tu as écrit.
C’est le seul moment où je sens colère et révolte au paroxisme.
Sinon, non, résister, se révolter, dire, agir, la colère est bonne guide si elle se transforme.
J’aimeJ’aime
On a aussi eu une très grosse discussion qu’on a fini par interrompre (me suis envolée !)
C’est un sujet qui me tient à cœur, la femme, l’image, celle qu’elle montre, celle qu’on voit, celle qu’ils voudraient qu’on montre ou pas etc… sujet sensible à fleur de peau. Même pas sûre qu’on soit d’accord entre nous !
J’aimeJ’aime
Je crois que c’est un sujet très compliqué à aborder sur le fond car on se cogne sur des siècles d’éducation stigmatisante d’un côté comme de l’autre.
Nous avons réussi à boucler la discussion et à trouver un point d’accord sur « comment on élève les filles et les garçons et comment on leur bourre le cra^ne ». Le challenge est immense, presque trop si on considère la planète, les cultures, les religions, etc. Pour ne pas perdre espoir il faut rester concentré sur ce qu’on peut faire à petite échelle déjà et toi tu es en première ligne avec tes enfants.
Je crois qu’il n’y a que les homo pour s’accorder profondément avec les femmes sur les vécus et ressentis/victimisation/ humiliation/ agressions, image du corps, place dans la société. Je sais pourquoi je me sens tellement bien avec eux.
J’aimeJ’aime