Les bougainvilliers. Partout. Comme à Madère et surtout La Réunion, pour ce qu’il m’en reste de souvenirs.
En bas, dans la cours, une haie d’hibiscus rouges. Je les montre à l’homme. Les mêmes que la haie qui faisait le tour des maisons de fonction à Saint-Pierre.
Reconnaître rend familier, et la familiarité attache, affectueusement.
C’était couru que j’aimerais la Crète sachant cela.
Deux chats hauts sur pattes, minces à la limite de la maigreur à mes yeux d’occidentale, à mes yeux de chats nourris de croquettes grasses plutôt que de restes alimentaires. Je ne peux donc pas dire que ces chats étaient en mauvaise santé. Peut-être étaient-ils errants, puisque un peu sauvage, ou suffisamment nombreux pour être habitués à l’humain capable de leur donner à manger, les touristes pris de pitié pour eux, les enfants qui nourrissent les canards des étangs peuvent bien nourrir les chats des rues.
Deux chats et un chaton qui fait immédiatement craquer la progéniture, ça aussi c’est atavique.
J’ai passé les premiers kilomètres accrochée à la poignée et le pied à taper dans le vide à l’emplacement du frein. Pour un peu j’aurais mis la main devant mes yeux. Je commençais à me dire que c’était une erreur de ne pas avoir payé le supplément pour un autre conducteur. Ce n’est pas tant la conduite de l’homme qui était en défaut, même si, mais la conduite en Crète tout court.
Ici, on s’écarte pour se laisser doubler, là on roule donc sur ce qu’on appelle en temps normal une bande d’arrêt d’urgence, qui est dans les faits, une troisième voie, ou presque. Les feux sont décoratifs et les stops hypothétiques.
Bien sûr, le casque en moto est superficiel.
Il m’a vite semblé que notre véhicule de location était bien trop long (minibus pijot traveller), bien trop blanc, bien trop propre et bien trop neuf.
Puis, doucement, se laisser envahir pas cette nonchalance aimable, ce petit air de liberté d’avant les contraintes sécuritaires, laisser faire la flânerie ambiante, aller droit au coeur de la montagne qui glisse dans la mer.
Bien sûr, dans ce véhicule trop blanc, il y avait la radio. Rien de tel pour s’abandonner à un pays étranger. Il suffisait de fermer les yeux, écouter, ou ne pas écouter mais entendre, ne rien comprendre, se laisser bercer, sirtaki de comptoir, rythmes orientaux, musicalité de guitares, voix aigües, trop parfois, imposer le voyage de l’oreille, refuser tout autre son pour se laisser embarquer, définitivement.
Peut-être que les enfants me haïront, mais peut-être aussi que plus tard, à entendre un son dans la rue, comme un effluve de parfum, ils se retrouveront en vacances, au bord de l’eau ou dans la montagne Crétoise, car la mémoire est ainsi faite qu’elle nous rappelle parfois quelque chose d’oublié, laissé de côté dans nos apprentissages.
Que dire de cette île sinon qu’elle a l’accueil chevillé au coeur et la générosité de ses paysages dans les yeux?
Nous avons pris des routes qui n’était pas finies, nous avons fait des demi-tour qui nous ont perdus dans la montagne, nous avons pris des virages qui nous ouvraient la mer, et d’autres qui nous offraient des cols… Partout la possibilité de s’assoir et d’échanger, partout la lecture impossible d’une langue inconnue qui claque le palais, et sourit à l’extérieur. καλημέρα, παρακαλα, bonjour, merci, j’aime, αγαπώ.
Lire au vent Meltem, même t’aime.
Enlever les draps, poser la moustiquaire, sécher les cheveux, soulever les jupes.
Quatre jours trop courts, mais c’est un début.
Θα επανέλθω.

