En ce qui me concerne, il y a, à la louche du mètre ruban, 76 cm entre mes pupilles et le centre de ma fesse droite, à vol d’oiseau.
Un fossé, un gouffre, un dialogue impossible.
« Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son sens et son harmonie ». La phrase de Truffaut par la voix de Charles Denner donne de la poésie, à l’homme qui aimait les femmes.
Le ballon rond a donné au globe terrestre en question une conduite ignoble, le rut du mâle alcoolisé, ou pas, à poser ses mains aux culs, prédateur, voyeur, possesseur conquérant et minable de ce que sa force lui permet, primate néandertalien, pardon Néandertal. S’il n’y avait qu’à ces occasions là, mais non, partout, chaque jour, les culs des femmes subissent la main, le regard lubrique, du primate.
Je suis tellement souvent atterrée de la conduite des humains masculins que j’en reste esbaudie.
Ce qui me conduit à penser à mon fils, petit mâle, adulte en devenir, aussi plein des préjugés que possible, sans doute, même si je suis sa mère, parce que l’éducation des enfants est de sources infinies.
Ce qui m’amène à penser à l’image des femmes, celle qui est véhiculée par ces médias éculés tels que la télévision et les vidéos pornographiques accessibles sur la toile, par n’importe qui, hélas.
Le cul des femmes que tu vois s’agiter sous tes yeux baveux, n’existe pas.
Le cul des femmes qui répond à ton fantasme, n’existe pas.
Le cul des femmes qui mène à la fente que tu convoites, n’est rien.
Cette femme, parfois cette jeune fille, peut-être même cette gamine, qui agite devant tes yeux un cul, des seins, une langue, est le produit d’une société de consommation où tout s’achète, le sexe, comme l’amour, même pas le cul entre deux chaises, tu peux tout avoir. Et l’âme de la crémière.
C’est la même chose que d’acheter du jambon industriel, rose artificiel, torchon de plastique, tant que tu consommes, ils produisent.
Il te reste juste à imaginer que tu as une fille, la tienne, la chair de ta chair, et qu’elle est devant toi, à la place de la poupée gonflable qui gigote devant tes yeux. Vois-tu?
Est-ce cela que tu souhaites?
N’oublie pas, primate, qu’avant d’être le cul sous ta main dans la foule en chaleur, ce cul était celui d’une enfant innocente, que tes fantasmes ont participé à dévoyer.
Ce cul là, ce n’est pas de l’amour, ce n’est même pas érotique, ce n’est pas non plus pour la survie de l’espèce (qui voudrait de la prolifération de cette espèce là?), c’est un gadget à l’obsolescence programmée de ton unique neurone, sacrifié à l’autel de la solitude décrépie.
