Écrire c’est quelque chose qui me vient mieux que les mots. J’entends là, tu lis là, qu’il me faut poser des mots avant de savoir dire. Mon soi disant est moins bon à l’oral, me dis-je souvent, quand je me perds dans une explication à moi-même absurde ou floue, alors qu’une fois que c’est écrit, c’est décrit et dit.
Mais, ça m’est plus essentiel à moi qu’à un quelconque lecteur, qui va s’approprier une compréhension qui n’est plus la mienne, passant par le filtre de sa propre vie, ses émotions, sa critique.
Alors, à quoi bon écrire et surtout publier?
A vrai dire, je m’auto censure tellement que parfois je n’écris pas. Ces silences de mots viennent de là, quand on dit que les écrits restent etc, c’est aussi le mal que l’on peut faire, involontairement ou pas, à cause de ces foutus filtres par exemple.
Si je parle d’une personne, est-elle vraie ou est-elle un personnage inspiré de cette personne? N’est-on pas également, un peu de toutes ces personnes ou personnages?
Sans compter le nombre de fois où les mots m’embarquent, s’enchaînent, se tricotent et se faufilent bien plus loin que ma pensée, comme l’eau qui fait son chemin, mes mots me prennent par la main.
Dans mon souhait de partager, il y a parfois un appel, un écho dont j’ai besoin pour continuer d’avancer. Il y a parfois juste un constat d’un vécu, où parfois le lecteur se reconnaîtra, par hasard. Il y a aussi cette colère sous-jacente que j’évacue petit à petit, venue de loin, pour ne pas la peser sur le dos de mes enfants, que leur âme puisse rester légère, malgré la vie que je leur fait, qu’ils se font, car je ne suis pas coupable de tout, vraiment.
Parfois aussi il y a juste le plaisir des mots, comme un tableau, une photo, un ensemble de bonbons qui peuvent se lécher, se sucer, se croquer, se tourner mille et une nuits dans la bouche, derrière les yeux, au fond de l’estomac, et même dans les talons. (Tiens voilà une phrase type de celle qui m’inventent, l’estomac les talons).
Je ne sais pas qui me lit, sauf à voir les réactions de ci de là, mais je n’ai pas d’identité, ni de quantité. La qualité si, bien sûr, écriveuse flagorneuse.
Ce qui est certain, c’est que je ne suis plus la même avant et après un texte. Chaque lettre inscrite est un caillou qui monte ma maison, fait mon nid, les parois de mon coeur.
Et le lecteur est dedans, choyé, battu par les vents des battements de mon sang.
Merci à toi.
