Impudique

Parfois, quand je ne dis rien, je me demande si c’est la pudeur qui me retient.

Dans les tourments qui me secouent à mesure que je retisse mes espoirs et mes envies, se cachent tant d’émotions violentes, de celles que je n’ai jamais appris à crier, qu’elles sont impudiques à mes yeux, impossibles à dévoiler, toutes crues, elles feraient tomber, vaciller, elles feraient trembler les plus saines fondations.

Alors elles se taisent, hurlant le silence d’une bouche close, un air retenu, une aspiration qui ne trouve jamais de fenêtre pour s’évader.

Mon coeur bat la chamade, dans les nuits chaudes mon coeur s’effondre, dans la neige, il se fige, cristallise les mots qui s’effritent et se brisent.

La pudeur c’est avant tout un vocabulaire réduit, une lacune de sentiments dits, un oubli de page dans le cahier qui s’ouvre devant moi, arrachée par le vent d’un souvenir qui remonte, dont je ne garde que le goût fugace, l’impression à l’encre vide, comme si je savais qu’il avait existé, qu’il avait eu un sens un jour de mon passé, mais qu’il avait fallu le mettre de côté pour continuer d’avancer.

Un peu de citron acide pourrait peut-être redessiner les mots qui me manquent, et rendre à ma pudeur le courage qui me fait défaut.

 

 

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