Le tapis volant

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C’était hier matin. Un de ces matins tout tranquille, matin bien, les yeux clairs, déjà ouverts sous les paupières. Dormir la fenêtre ouverte et sentir l’air qui frôle, le souffle léger d’un vent encore tendre, encore doux, pas tout à fait lui même, ni encore un autre.

La fin de l’été sonne comme un exutoire, il est temps de se lever.

Alors, l’idée d’un tapis volant.

Il est sous mes pieds et je vole. Depuis plusieurs jours, je vole. Il me pousse des ailes dans le dos, des réacteurs aux chevilles, légèreté d’un nuage.

Il est des moments magiques, merveilleux, ceux qui coulent dans ton dos, qui s’immiscent dans les bras, se faufilent dans ton âme, et tu retrouves de l’espoir.

Depuis tant de mois je n’étais plus capable, plus capable de marcher sur les rochers, descendre une plage, bousculer un ballon, courir après les papillons. Et soudain, je vole.

Le tapis volant est brodé, il est ajusté, conçu à ma taille, à mon poids, il m’emporte, je le brode, le tricote, et même, je le termine au crochet. Je peux le transformer, l’allonger, l’étirer, le consolider. Je suis sûre qu’il pourrait y avoir une place, juste à côté, et pourquoi pas plusieurs, de ces grands tapis volants comme on en voit dans les rêves, qui soulèvent des montagnes, traversent des fleuves, contournent des rocher, chevauchent les nuages.

Il s’est niché entre les deux lobes de mon cerveau, là où il restait un vide, le vide de l’inutile, de l’impatience, de la paresse, de l’inaction, de la détresse. Il a pris ses aises, façonné son ampleur, couvre chaque pensée, chaque impulsion de mon coeur, sans doute en fera t-il un endroit secret, que parfois, deviendrai visiter. Quand ça n’ira pas, quand j’aurais oublié ce que c’est d’être vivant, quand j’aurais perdu cette formidable sensation du sang qui bout, qui chatouille, ce ressenti qui fourmille sous mes pas, à l’ombre des mes bras.

Ce tapis là, il est à toi. Je l’ai roulé dans un coin, bien doucement, bien joliment, comme un paquet cadeau japonais, avec un noeud savant,  de ces noeuds qui se défont sous un soupir, une caresse, un noeud comme un mot de passe, comme une fleur qui tremble, un coquelicot qui se lève. Une bruyère en hiver.

Un tapis volant, pour rêver que tout est possible, encore.

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