Automne

J’entre l’automne en moi.

Alors que le ciel se grise de l’aube, par la fenêtre entr’ ouverte, un souffle d’air vient chatouiller mon nez alors qu’un oiseau chante sous mon oreiller. Je sais qu’il va falloir remettre des chaussures fermées, ce matin, pour supporter l’humide rosée, qui suffit juste à tremper mes pieds, tout en laissant l’herbe continuer de sécher.

C’est la saison des levers de soleil qui commence. Ceux dont je ne vois que la fin, car ils arrivent encore avant le départ du car, il n’y a qu’en hiver que j’attends le début du jour, quand il embrase l’horizon, enflamme la mer, et me consume.

J’entre l’automne et les pensées monologues, celles qui ne parlent que de mon travail, celles qui en font le tour et le traversent de part en part, comme une ligne de route unique, qui laisse sur le bas côté ces aigrettes au long cou, qui se prélassent contre les vaches massives, ces rayons de lumière que la lentille ne fractionnera pas aussi bien que les branches des pins, ces oiseaux qui se posent ici et là, devant moi, mieux me voir avant de s’enfuir quand j’arrive à pas de chat, ces instants où les autres vies peuvent m’effleurer, comme une plume qui se poserait, en silence, au sommet de mon coeur, en plein chaos d’éreintement.

Et je ne verrai plus rien, je remplirai mon cabas de provisions de printemps, à conserver au frais, avant le soleil et la verdure qui renaîtra, avec moi.

Déjà, jusqu’au soir et parfois la nuit noire, je ne raisonne qu’eau, cailloux, bureau, bottes, gants, factures, règlements. Je m’oriente petit à petit vers ces heures sans fin où le sourire s’accroche en bandoulière, où il faut tenir rigueur au cahier, à la note, au fichier, à la main, à la cotte, au ciel et au vent, de me donner la marée à suivre, en flot comme en jusant, ne pas perdre le fil.

Enfourcher le vélo pour en contrôler le guidon, éviter les écueils, lire les balises comme le braille embrumé, ne pas se décourager, s’ancrer au rocher et regarder l’horizon s’éloigner puis se rapprocher au fur et à mesure des jours qui rallongeront.

J’entre en automne comme en retraite, et je ne dois pas être distraite.

Sauras-tu m’attendre quand il n’y aura plus rien à dire que la fin?

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