Sauvage

Il semble vraiment que je sois sauvage.

Ce matin, un copain d’une cousine est venu. Quand il s’agit des « copains de », l’homme est capable de se mettre en quatre. Capable, alors même que 5 minutes plus tôt il était débordé, d’offrir un café et de donner son temps.

Moi, non.

Les amis des amis sont mes amis, peut-être, mais en aucun cas ils n’ont la caution de cette amitié propre. Ils viennent à moi, conseillés, sans doute, avec une enveloppe aimable, mais je vois, hélas, au-delà de cette enveloppe, et il va sans dire que le profit n’ira pas que dans un sens s’ils sont là pour ça.

Et surtout, je n’irai pas me vendre, pour les beaux yeux qui me le demandent.

Parfois pourtant, il peut y avoir de belles rencontres. Les rencontres surprises, les étonnements fugaces, les joies profondes spontanées, la grâce.

Alors que concentrée à ma tache je ferme les yeux au monde qui m’entoure, je peux être cueillie en plein, par le souffle d’un vent, un parfum, par une voix douce, un embrun qui me touche. Je ne suis prête à rien et prête à tout. J’ai peur, des autres, du mal qu’ils font, blessée au fond, et puis soudain je pourrais me donner, sans compter, pour une lumière, un regard, une attitude, une discrétion, un effleurement, une passion.

Je suis sauvage aussi, quand le trop plein déborde.

L’autre jour, la musique était si forte, que j’en avais la nausée. Mon corps était pris d’assaut par les coups des baffles, et je m’effondrais petit à petit, jusqu’à sortir en larmes, en sanglots, des pleurs violents comme si je rendais aux poings chaque battement de coeur que je retenais pour rester debout alors que le bruit m’assommait, m’enfonçait dans le sol, m’enterrait dans un tombeau isolé.

Je ne sais pas jouer la comédie, ou alors pas longtemps.

Il arrive que mon corps me fasse fuir un lieu, si ce que je vois n’est pas tolérable.

Ou bien c’est comme si j’atteignais un quota de gens, de sons, de bruits.

J’ai assisté à des mariages, à des enterrements, des festivals… Que ce soit dans la joie ou le malheur, il y a toujours ce moment où je me dis « qu’est ce que je fous là? « . Ce n’est pas conscient, mais sans doute est-ce une question de ce type. Alors je dois me lever, et partir. Comme si je me réveillais d’un rêve, que je m’ébrouais, et que ma place n’était plus la mienne, dissoute, amère.

Je ne sais pas mentir, même à moi-même.

 

Laisser un commentaire