Échappée

Train 8715

11:00

Jeudi 8 novembre

Toujours, en ville, dans le dédale des rues, le manque d’un horizon. Les lignes de fuite sont fermées au plus près d’un bus, ou d’un mur. Il faut lever la tête pour voir le ciel, ou les pointillées d’une suite de lampadaires. On peut trouver de la poésie, et s’évader dans le regard d’une pierre, d’un trait, d’une gargouille, d’une feuille morte venue d’on ne sait où.

Mais ce n’est pas l’horizon, celui qui est bleu, ou gris, la couleur des soldats, le bleu horizon.

Cette fois nous avons eu de la chance, ce n’était pas si affreux. Le rendez-vous était au centre du parc Floral, et l’automne nourrit de couleurs ces grands arbres qui ploient sous la pluie. Il y avait de l’air, une petite marche depuis l’hôtel, à l’air libre et loin des bouches de métro où l’on s’asphyxie trop vite.

Vraiment, ce n’est pas le même monde.

Nous avons pourtant respiré des moments chaleureux.

Ce restaurant, à quelques pas de l’hôtel, après avoir pris le château de Vincennes par son autre L, n’a rien pour plaire. Les St-Jacques sont des pétoncles, les haricots, en boite et la sauce réchauffée.

Néanmoins, Nelly, Éliane, Pascaline et Yves nous entourent de leur belle amitié, une amitié comme le big bang, spontanée, sortie d’on ne sait quelles valeurs, ou plus exactement, les mêmes. Nous avons fait de nombreux bouquets de coquelicots à s’en nourrir le cerveau.

Je ne sais toujours pas faire ça, donner jusqu’à l’abnégation, (dans abnégation il y a négation, et je crois que c’est négation de soi), je me demande s’ils ont commencé avec des enfants encore jeunes? Je me demande si ça peut tenir, une vie de famille avec des absences physiques, mais aussi des absences psychiques, de celles qui font répondre oui à toutes les questions pour que l’enfant nous laisse tranquilles, absorbés dans nos pensées, tournés vers l’intérieur et non pas vers eux?

Sans doute mon égoïsme est-il ainsi fait : donner jusqu’à un certain point mais ne pas toucher à mon foyer. C’est sacré, c’est tabou, c’est interdit.

Et pourtant.

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