J’essaie d’insuffler une sorte d’esprit de Noël dans la maison. Avec plus ou moins de succès. La période n’est pas propice, le travail est énorme, primordial, pour le bon fonctionnement de l’entreprise, pour permettre de vivre, et l’emploi de plusieurs personnes. L’ambiance est morose, les magasins vides, les rues mornes, et les ronds-points jaunes. A la maison, l’homme ne peut pas s’empêcher de regarder les images qui tournent en boucle, du désespoir des gens, de leur violence aussi, et de l’impasse qui se ferme d’espoir quand tout recommence un jour après l’autre.
Quand nous parvenons à nous évader dans un film ou un livre, il y a toujours le boomerang de ce qui n’est plus une actualité tellement elle est attendue, et qui me frappe, annihile ma volonté de sérénité du travail bien fait.
En général, on pourrait voir ce mois comme la récompense et l’aboutissement de longs mois de recherches qualitatives, de perfectionnement, pour s’offrir un peu de fierté.
Je travaille ma rigueur comme le bûcheron la lame de sa hache, et je suis concentrée comme une feuille d’encens de cade qui se consume devant moi. Je ne sais même pas ce qu’est le ou la cade, mais ça sent bon et ça calme.
J’arrive même à ne croiser aucun GJ en choisissant mes destinations. Je comprends mais je refuse la méthode, je ne change pas d’avis là-dessus.
Les bougies sont allumées, ce soir on se fait un Noël en avance. Pour être en famille, disponibles, ensemble, et je débrancherai le téléphone, sans le dire, les messages ça existe.
Le pain d’épices est dans le four, je viens de voir qu’il gonfle généreusement comme dans mon souvenir. J’y ai mis les épices de Madagascar, pour essayer, et des fleurs de badiane parce que c’est joli. C’est la recette qui m’a fait aimer ce gâteau moelleux et très parfumé, loin de l’infâme amalgame de miettes sèches vendu en supermarché.
Mes filles forment les truffes pour les gourmands de ce soir, et José Gonzales donne de la guitare.
Le feu dans le poêle braise juste ce qu’il faut, je vais aller chercher du bois dans le jardin.
Même la pluie ne versera pas de larmes.
Je tiendrai bon, envers et contre tous, envers et malgré eux, pour les miens.

