Il en va des lumières d’hiver comme des mots silencieux.
Ainsi, je roule, la route longe de l’eau, de l’eau qui miroite le ciel, et un reflet de soleil, comme un trait d’argent qui se dore et se patine, comme un jour usé, pas encore levé.
Cette nuit, c’est sans doute la lune, chaque nuit, la lune, m’a réveillée, chaque nuit je lune la lutte du sommeil enfui.
Sens-tu l’urgence dans cette lumière silencieuse, sens-tu l’urgence dans le silence des mots?
J’attends le matin, un signe, un signe de vie, une lumière dans la rétine, fichée dans le coeur, un mot comme un souffle, même écrit, qui dit, un mot que je lirais et qui me dirais je vais bien, je vis.
Certains jours sont tellement bas dans l’échelle de mon humeur, que c’est à se demander pourquoi, pourquoi je pleure? Peut-être est ce encore ma peur, mes peurs, celles que je devine, que je ne saisis pas assez pour savoir les soigner, mes peurs d’oubli, d’abandon, d’existence, de départs, du portail bleu dans mon dos, avec le cadre orange délavé, ce portail ouvert qui fermait un pan de ma vie.
Sens-tu, mon amie, cette urgence des mots non-dits, ceux qui sont là, nichés dans ma main, cachés dans mon épaule, celle qui voudrait te porter, te soutenir, je serais pour toi un bâton de vieillesse, ou ce genre d’endroit où tu peux t’abandonner, moi qui ai tant de mal à laisser cet abandon me prendre?
L’impuissance peut me réduire à rien, une envie forte peut me tendre à entendre des mots qui ne viennent pas, comme un fantôme d’espoir, comme une effluve onctueuse que tu ne peux nommer, parce que c’est trop loin, trop oublié.
Il y va des lumières d’hiver comme des soleils pâles. Elle se fond dans les arbres, la cime, le tronc, effraie le rayon, il s’étire et trace une route bayadère, un volet en bois dans une chambre un matin d’été, qui filtre juste assez pour te dire qu’il est temps de te lever.
L’ombre chinoise qui se dessine, raconte une histoire, une belle histoire, même si elle est trop courte.
