
J’ai déposé le fils devant l’Observatoire et j’ai pris la mer. Celle qui se cache derrière les remparts.
Cette mer là remonte le temps. En fait, l’eau qui file, qui revient, qui s’échoue, et s’étire, a l’âge immémorial des temps que l’humain ne connaîtra jamais que de loin.
Qu’est-ce que douze ans pour une goutte d’eau de mer?
Je me souviens soudain, qu’avec un ventre rebondi de femme enceinte, je faisais ma pause de midi à l’agence, en allant à pieds sur le sable, me baigner, l’été. Oui, l’été. C’est la Bretagne et je ne m’y baigne pas en décembre contrairement à l’étang salé ou j’allais me brûler les pieds.
La plage est à moi, il n’y a personne, c’est le 8 février, c’est normal, même si des ouvriers, à babord, qui réparent le restaurant où je n’ai jamais mangé, dérangent ma tranquillité.
Je ne reste pas, le vent, et une idée qui me passe entre mes courants d’air.
Il y avait une nounou qui s’occupait de mes aînés, dans la commune à côté. Il y avait une nounou que mes deux grands connaissaient mieux que moi qui allait travailler toute la journée. Comment s’appelle t-elle déjà? Où vit-elle?
Je roule et je longe la côte. Les bateaux sont les mêmes ou presque, les maisons elles, ont multiplié mieux que les poissons, plus que mes souvenirs nus et oubliés de cette ancienne vie.
Je monte pour descendre, il me semble qu’elle descendait, je regarde à gauche, c’était à gauche en descendant oui. Je ne reconnaîs rien, je ne revis rien, quand soudain, oui, voilà, le palmier qui a pris trois milles pieds, dont le tronc dévoile la fenêtre bien avant cachée par le feuillage.
Le nom sur la boite au lettre n’existe pas, je ne me souviens toujours pas du prénom, mais bon sang, comment s’appelle t-elle enfin, cette deuxième mère?
Je pose le véhicule et saisi mon petit carnet pour y inscrire quelques mots, qui je suis, le prénom de mon fils, les bons souvenirs, voudrait-elle les revoir puisque le stage est par là, la fin ce soir?
Je repars, Pen Mané, Kernours, Merlevenez. Je rentre à la maison le coeur battant, voudra t-elle? habite t-elle encore là? et toi, ma fille en terminale, te rappelles tu son prénom? non! Nous voilà bien, j’espère, j’imagine le coeur qui bat si elle est encore là, telle que je l’imagine, aimante de mes enfants chéris, ils ont tellement changés, saura t-elle les retrouver?

On attend…
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