Parfum.s. 5 mn 52 sem.

Depuis quand? Depuis quand parfumer l’air qui m’entoure, parfumer ma peau? Les recoins cachés, secrets? Devenir jeune fille? devenir femme? être fatale et désirable? Envouter, ensorceler? Pourquoi me parfumer?

Elle sentait le tabac et la menthe et j’adorais ça. Celle avec qui parfois nous échangions nos cours. J’ai oublié son prénom, mais pas ce parfum.

Pourtant, elle tentait d’escamoter l’odeur de la cigarette avec celle du bonbon. De supprimer une effluve pour la remplacer par une autre.

On pourrait nommer cette double inspiration : « Interdit ». L’interdit sens la menthe.

Dans le bus, je n’aimais pas les odeurs corporelles trop fortes, la transpiration qui dit ce que tu manges, ce que tu bois. Qui tu es. Le parfum de ton corps exhale ton mode de vie.

Peut-être, le parfum maternel. La première personne que tu admires, que tu imites. Celle qui t’apprends le monde dans lequel tu vis.

C’est sans doute aussi, ce qui m’a aidé à arrêter le tabac ; chaque soir, embrasser son enfant, avec un relent de poison dans le bisou. Dire des mots d’amour, entre des bras tendres, sous la peau douce, avec une odeur qui tue, qui distribue l’asphyxie. Etais-je criminelle?

Un jour, j’ai failli appeler un type par le prénom d’un ex, parce que j’avais senti son eau de toilette. Comme si, tout à coup, l’ex s’incarnait devant moi, dans cette fragrance. Failli. Parce que mes autres sens ont pris le relais à défaut de ma raison.

Sourde, à l’approche de quelqu’un à bâbord, je ne suis avertie de sa présence qu’à partir du moment où je le sens, avant de le voir. Mon odorat pallie ma surdité, un peu.

J’aime, un lendemain, remettre une écharpe à laquelle il reste quelques traces olfactives du parfum.

Pleine de contradictions, je suis.

En effet, je suis sélective, et j’imagine qu’à mon tour, on pourrait dire de moi à certains moments que je sens trop fort, ou mauvais.

On sait bien qu’à s’asperger de parfum, le porteur n’en sent plus les effets assez vite, alors que derrière lui se forme une traîne qui peut-être durable et entêtante.

Sans parler de l’aspect tout à fait nocif sur l’environnement, entre la chimie, l’exploitation, les perturbateurs etc…J’assume. Je sais changer mes habitudes, mon alimentation, mes farines, mais pas mon addiction au parfum.

Le choix de ce que je porte, se fait en duo. Il faut qu’il aime, que j’aime, et que notre mélange s’assemble. Je suis restrictive, adepte de 4 parfums depuis mes 17 ans, il peut arriver que j’en change, mais c’est très rare.

Il ya celui du printemps et celui de l’hiver, celui qui se porte dans les courants d’air et celui qui se cache dans les mailles de mes pulls.

C’est la panoplie du monde que je m’étais construit. La touche finale de mon masque urbain. Urbain, de ville et de civil. Je suis civile, ou je devrais, dès que je pose le pied hors de la maison. Le personnage s’attache à une image qu’elle voudrait agréable.

Et sentir « bon » fait partie de ma politesse.

Ma fille m’embrasse le matin, niche sa tête bientôt plus haute que la mienne au creux de mon cou et dit : mmmm tu sens bon. Voilà. J’excuse tout, à cet instant là.



1 commentaire

  1. Je n’ai pas souvenir de ton parfum, chez toi. Plus jeune j’aimais mieux les eaux de toilette d’hommes que les parfums de femmes. Il y avait un parfum qui se nommait Amazone, je crois. Je n’ai rencontré qu’une seule femme qui mettait des parfums dits d’hommes et je me suis sentie moins seule.
    les fleurs de l’adolescence, chèvrefeuille,jasmin. Des essais vers les « vrais parfums » l’amusant était de tout sentir et de s’imaginer. J’aimerais le refaire, à peine. Puis j’ai trouvé mon parfum qui m’a duré une quinzaine d’années je crois, de Shiseido, à base d’essences de bois. Maintenant pas de parfums. des huiles essentielles, et ce patchouli tout de même, que j’achète en pharmacie, de chez Durance, je crois. j’ai beaucoup cherché du patchouli qui sente vrai, léger, pas trop trop chimique….
    Quant à l’Homme, waouh. Qu’il en a mis, qu’il en a mis !! Toujours le même, très classique et mâle, trop, à mon goût. Une époque lointaine. Finie.

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