Terre et Toi vs Territoire

Quel petit caillou suis-je?

Je suis persuadée, à l’usage, à l’usure, que l’humain devient ce que la nature fait de lui. 

Un homme, une femme,  qui naît entre deux barres d’immeubles ne verra jamais le même ciel, ou moins souvent, qu’un autre qui naît en bord de côte. 

L’injustice commence aux frontières.

Souvent, les matins d’hiver, mes yeux sont attirés par la couleur du ciel qui se lève. 

Un ciel qui se lève n’est jamais bleu. 

On peut tout espérer d’un ciel en devenir, on ne sait jamais ce qu’il va nous peindre. Nombre de fois il fut rose, ou mauve, parfois rouge, souvent flamboyant. Alors, je pouvais croire qu’il allait déteindre et s’éclaircir, peut-être pour que les nuages puissent mieux s’écrire.

Un ciel sans nuage peut paraitre maussade, c’est le cas quand aucun chas ne se laisse deviner, mais alors, laissez venir un nuage, un seul, blanc, lumineux, plus laiteux que jamais et votre ciel s’en trouvera transformé, jamais si bleu qu’avec ce blanc qui passe au milieu. 

Ici, c’est ce genre de paysage. 

Chaque jour une histoire différente se joue. Et mon humeur avec.

Ce ne sont pas que les traces des avions, avec toutes leurs vies à raconter, ni même l’oiseau qui bat des ailes, futé, rapide, toujours en avant, parfois à pic, jamais en reculant. 

Ce sont des moments invisibles, comme le courant, les vents, ce sont les moments impossibles, comme les ciels de tempêtes, les soirs d’orage et de grêle, les nuits de pleine lune qui effacent les étoiles, les nuits si noires que tu ne vois plus le clapot de l’eau, aucun espoir.

Peut-être aussi, une douceur de l’air, ou bien sa dure froidure, qui te raidit le pas, claque tes dents et frissonne tes bras. 

Je suis un paysage en mouvement, avec ses montagnes impossibles, arides, qui tuent le moindre amateur impénitent, une colline quand l’herbe est verte et se laisse caresser par le vent, une mer étale, quand la chaleur m’écrase la peau contre le dos, et que j’ai envie de me mettre à l’eau.

Une maison de Toscane quand je laisse bailler à tous les vents mes voiles insolentes, à l’ocre de tes pensées.

Je suis un cormoran, lourde de l’eau qui s’écoule de mes plumes quand je les ouvre en grand, façon « maman a les bras si grands », je suis une sterne qui, lorsque elle a saisit le scintillement de l’écaille, plonge comme un caillou venu d’en haut, folle, inconsciente, mais tellement sûre d’elle, je suis une mouette quand je crie, et nul besoin d’en dire plus, je ne suis un pinson que quand je n’ai rien à dire et que je suis futile, je voudrais être un rossignol de salle de bain pour que la vie chante.

Je voudrais être légère comme la plume trempée dans l’encrier, ancrée plus que jamais, à cette terre qui me retient. 

Je suis de Terre et de Toi, mon territoire.

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