
1870. Il n’y a rien. Pas de routes. Pas d’arbres. Une vue sur une mer plate. Des roches qui découvrent à certains endroits, qui donnent la sensation de pouvoir avancer à pieds secs jusqu’à la terre d’en face. Illusion. La cale est indispensable, accostage pour les embarcations qui font de la rivière un chemin d’accès. Les deux pointes qui se font face appartiennent à la paroisse de Locoal, l’église est sur l’autre rive. Les morts traversent en bateau, comme les vivants.
À la révolution, on a rassemblé les deux paroisses pour les fondre dans la République nouvelle. On fera croire que la guerre entre les laïcs et les religieux s’est éteinte par le simple petit trait dit, d’union, qui relie les deux mots : Locoal-Mendon, pour une seule commune, à l’administration on y croit.
Pourtant, on continue de dire, presque deux cents ans plus tard, Locoal ou Mendon, la marine et la terrienne, deux mondes à l’identité forte.
Partout dans le Morbihan, sur la côte, des pêcheurs, activité lucrative périodiquement, lointaine souvent, et meurtrière aussi. On laisse femme et enfants à la maison et on part en chaloupe, au diable vauvert, sans savoir quand on reviendra. Les femmes identifient les corps à la couleur de la laine du tricot, au dessin de la maille. Il se porte serré aux entournures, il n’est pas question d’utiliser trop de laine.
Sur l’île non plus il n’y a pas d’arbres. Les femmes sont à genoux, entre deux saisons, à arracher la patate du sol travaillé en sillons, une corde à la taille pour traîner la vache qui grapille les tubercules trop petits que la main laisse de côté. Les maisons se chauffent à la tourbe, l’odeur est forte, les enfants à l’école du bon Dieu, pour apprendre des rudiments d’écriture peut-être, à être un bon chrétien surement. L’abbé de Groix rédige un journal, les paroissiens n’ont qu’à bien se tenir!
S’entend alors parler d’un autre métier, un métier d’avenir qui ferait se sortir de la pêche et des naufrages, et peut-être un avenir plus sûr, plus serein, l’industrie de l’huître. Partout dans le Morbihan on fait des demandes de concessions au ministère de la marine, des demandes de « pétitionnaires » souvent accordées, sauf à certains endroits, refusées par mésentente avec la population locale et des règlements qui n’existent pas encore.
Le marin qui pose sac à terre n’est pas paysan. Il n’est plus marin non plus, même s’il doit se servir d’un bateau pour draguer les huîtres. Il est étranger en son propre pays, il vient d’ailleurs, la mer c’est ailleurs.
Parfois, il quitte tout, pose son bateau là, trop grand pour la rivière, juste assez pour se faire une maison. Il perce une porte, une fenêtre, et s’installe devant son ouvrage.
Les essais sont parfois infructueux, le « relais de mer » trop mous, impossible à pratiquer. On sait depuis Coste, que l’huître est hermaphrodite, on connaît la « période de frai » on essaie des techniques de captage, l’industrie de l’huître est née.
En 1876, l’anse de l’huitrière est mise en vente aux enchères. Des « parqueurs » vont pouvoir s’installer avec l’espoir de prospérer.
En 1912, le grand-père Tonnerre se marie avec sa Flora.
En 2012, je me suis installée, là, à quelques mètres de la maison où ils ont vécu. Et depuis, je cherche l’histoire sous les cailloux…

Bien bien bien
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