l’impossible

Alors, je vais devoir renoncer. 

Rien que de l’écrire, je ne sais plus quoi dire. Renoncer. Dire non, encore. Re non pour le renom. 

Je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à fonctionner à deux cerveaux, à reprendre l’un quand l’autre a fini, et m’atteler à la tache commencée la veille ou l’heure d’avant, avant le téléphone, avant la visite imprévue, avant les taches quotidienne, les repas, les cafés, le linge parfois, le renoncement au balai. 

Je n’arrive pas à mettre sur pause et à ne ps laisser s’amonceler sur la page écrite, d’autre brouillon, feuilles, journaux n’ayant aucun rapport, je n’arrive pas à laisser mon ouvrage et à le reprendre comme si je ne l’avais pas quitté. 

Quand je reviens à mon travail de recherche, je me suis égarée dans les limbes. Il faut que je refasse mon chemin pour savoir comment je suis arrivée là, et pourquoi. 

Et me souvenir de ce que j’ai voulu dire. 

S’il m’arrive d’écrire, pour de vrai, des mots qui se suivent, l’interruption c’est un coup de couteau dans la chair, une plaie béante qui laisse une trace même après cicatrisation, car la coupure, temporelle, interrogative, ubuesque, ne permet pas d’avoir eu le temps de finir l’idée. 

Une idée, c’est comme un nuage, un écheveau, un tissage de mots. Quelque chose qui se forme sous les doigts, au regard plein, avec envie, une idée se forme pour dessiner le mouton. 

Et le chapeau tombe sur mes yeux aveuglés par le bureau d’à côté. 

Sans doute alors que je ne suis pas faite pour ça. Pour le roman que je dois écrire. Sans doute que ma foi n’est pas assez forte, puisque je renoncerais au lieu de renoncer à la sécurité. Après tout, je devrais démissionner, alors j’aurais le temps et je ne me sentirais plus coupable d’arracher ce temps.

Peut-être que finalement je ne suis pas assez folle. Je l’étais assez pour quitter avec rien que mes bouquins, sans doute me sentais-je indestructible. 

Depuis la capsulite, depuis le genou, depuis le reste, je ne suis plus que vieille et abimée. Et mes enfants qui ont un père qui n’assume guère, en tout cas financièrement. 

Alors je ne peux pas démissionner, me mettre en retraite d’écriture, en oubli du monde et dans une bulle d’histoire.s. 

Sans doute que je ne suis pas assez forte pour tout supporter, et les humeurs et les humeurs et les rumeurs. 

Que je ne sais pas affirmer. 

Que je ne sais pas dire non aux autres, mais à moi-même pourquoi pas? Puisqu’il faut renoncer autant que ce soit discret. 

Je n’écrirais sans doute jamais l’objet que je tiens dans mes rêves, les plus aboutis.

Ça devait commencer par un naufrage. 

C’est le cas. 

2 commentaires

  1. Ah la rage, Ô rage et désespoir.
    Je vois très bien ce que tu écris.
    Et tu sais à qui je pense ? A Mme Groult, qui raconte combien écrire était impossible ou bâclé et frustrant avec ses deux premiers maris , les enfants, le travail, le fric, etc etc
    Tu as trouvé une fenêtre d’ouverture à un moment, cela te permet de mieux comprendre les empêchements.
    Mais ce qui me rassure c’est que tu ne butes pas sur la matière, sur les contenus, l’envie et le fond.
    Tu butes , là, sur l’autour, le contexte que cela nécessite pour toi.
    Là je pense à cet homme qui a bossé dans les abattoirs et a écrit ‘ « Sur la ligne  » ? ou…je n’ai pas son nom sous la main ,là.
    Au contraire, lui, a décidé d’écrire au retour de l’usine, chaque jour, pour ne pas en mourir et parce que les week end c’était juste dormir et voir les gosses. Donc chaque soir des lignes au débotté, dans la rage le désespoir et la force d’en survivre.
    Donc ce « contexte » dépend de chaque écrivain.e et change aussi selon les périodes de vie.
    Tu feras.
    Tu as sorti les oeufs, cherché la farine, tu as trouvé le bon beurre qui doit fondre…
    La cuisine n’est pas là, elle tremble
    les ustensiles sont rouillés ou manquent
    Tu as tes mains, tout dans la tête, et tu as la base.
    regarde, moi j’ai tout le temps, tout le loisir et j’ai laissé tombé ma base de roman qui avait pourtant 50 pages.
    Tu ne renonceras pas.
    Mme Groult a trouvé un jour le contexte, les heures libres avec personne qui vienne la faire chier et quelqu’un qui l’encourage, la galvanise.
    Tu as moi, je peux t’encourager à mort…n’oublie pas.

    Là tu fais un premier constat,
    Normal,tu as osé te mettre sur les rails et prendre un pouvoir
    Danger/Pouvoir
    Danger / Affirmation
    Normal que les murs se mettent à te faire vaciller.

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    1. Rien que ton commentaire est un roman 😉
      IL a lu aussi et réagi. Il semble que la conscience prenne place, que le monde réel n’est pas individualiste. Je vais peut-être trouver plus de soutien que ce que je croyais. Benoîte Groult, elle reste un modèle pour moi, merci de la citer, c’est un encouragement. Tu, es un encouragement. Et tu devrais encore écrire, parce que tu écris du dedans la vie du dehors et c’est beau. Merci .

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