Mon vélo prend la poussière.
Aujourd’hui c’est le jour du Drive, et j’irai en voiture. Elle est garée là depuis 6 jours, à prendre elle aussi, la poussière (je me permets de faire croire que cette voiture ne serait pas un nid à poussière, ce qui est totalement faux). Je suis passée de mes 6 à 10 déplacements quotidiens à 1 déplacement hebdomadaire. La crise sera écologique ou ne sera pas. Ça ne me manque pas, même si j’adore conduire. D’ailleurs, sur nos petites routes sans marquage au sol, ni feu tricolore, il ne va pas falloir que j’oublie l’usage du clignotant. On est toujours moins seuls qu’on ne le croit.
Il y a 6 kilomètres, que j’ai pris plaisir à faire en vélo, autrefois, avant. Mais le pack de lait et autres encombrants, nous sommes 6, ne le permettent pas. Je ne vais pas lier l’utile et l’agréable, j’ai juste l’impression que je vais m’exposer à un danger. Aller au drive, conduire, mais sans permis.
Se réveiller sur ce sentiment n’est pas porteur de joie.
Ceci dit, dehors les oiseaux chantent. Fort. C’est le printemps, pour de vrai; les fenêtres sont ouvertes, et le soleil aligne un faisceau de lumière, qui longe l’accoudoir de mon fauteuil. Je me souviens de cette sensation de prendre un café sur la terrasse du Pouldu, un matin de l’an dernier, levant le visage vers le ciel, pour laisser la chaleur descendre sur moi comme la caresse d’un foulard de soie.
Les chênes forment leurs jolies feuilles vert tendre, le figuier rejette à tout va au pied de son tronc, les arums sont immenses, le forsythia voudrait que son jaune soit aussi intense que le bleu du ciel, les quelques buissons poussent de façon anarchique, on a touché à rien, la haie se balade en 3D, l’olivier penche dans le sens des vents d’hiver, il restera ainsi sans doute, il va falloir laisser la colombe y passer.
Il est 9:41, les enfants sont dans leur chambre. Je ne sais pas qui dort, qui lit ou qui sur son portable. Tout mon être de mère se fige dans la contradiction de « va jouer dehors » avec « protège toi en restant à la case ». Je voudrais aller faire du vélo avec eux, courir la campagne avec mes roues, entendre le bruit du ruisseau et le vent dans les arbres, voir le soleil se lever sur la plage un peu plus loin, ou se coucher de l’autre côté de la pointe.
Si je le faisais, je ne rencontrerais sans doute personne, mais l’interdit, le respect des règles est en moi comme un muscle qui me fait faire ou ne pas faire. Mon coeur cesse de battre dès que je pense à tricher, c’est ce qu’on appelle « à corps défendant » je crois.
J’ai le même relation de haine avec le mensonge. Le menteur ne sera plus jamais mon ami, et la confiance sera fondue sur l’autel de la méfiance.
Bien sûr je passe plus de temps sur les réseaux, du moins y a t-il eu un « pic » de fréquentation, mais ça diminue au fil du temps et des bêtises crasses que je lis de ci de là. À quoi sert de mettre son énergie à accuser le voisin, untel ou un autre, à quel combat devons nous mettre notre coeur et notre tête si ce n’est celui d’agir au présent pour préserver notre futur?
(C’est drôle non, ce passage du « menteur » aux réseaux sociaux, sans transition, l’esprit d’escalier !)
Mon vélo prend la poussière et je bous.
Hier, à l’heure ou le ciel s’est fait doux, les nuages se sont morcelés pour laisser passer du ciel, et on aurait dit que l’on pouvait marcher dans les nuages. Ou nager.
Pendant que les bateaux volent.

