Cette histoire de confinement qui nous « entasse » les uns sur les autres, nous mène à voir les choses autrement. L’entassement ici est agréable, c’est la première fois que nous sommes si longtemps ensemble sans être ailleurs en vacances, sans avoir la possibilité de dépasser le kilomètre en famille, de faire des choses comme les restau ciné avec les 4 Fantastiques, ce qui nous sert parfois d’outil de chantage (ou de contrat gagnant-gagnant selon qui propose) quand on souhaite qu’ils fassent un peu plus à la case, ou dans les tâches familiales quotidiennes.
Etonnamment, nous n’avons pas ressenti le besoin de ce moyen de pression depuis le début des événements, alors que nous sommes en pseudo confinement depuis plus longtemps que les autres, vu que les garçons étaient dans un lycée cluster. Comme s’ils avaient justement appréhendé les choses, compris qu’on y pouvait absolument rien, et qu’au fond, ils n’avaient pas à se plaindre.
J’imagine que s’ils avaient été séparés les uns des autres, chacun dans leur autre famille, le ressenti n’aurait pas été le même. Une sorte d’émulation commune les anime pour le travail sur le net, avec les profs, dont j’admire la résilience.
Ils ont presque chacun leur ordinateur, ça fait beaucoup d’écrans dans la maison, je n’ose pas compter, et les déplacent de leur chambre à leur « pièce » aménagée rien que pour eux l’été dernier (quelle belle intuition que d’avoir fait ça!), à la table de la salle à manger entre les verres du déjeuner et le sel, une table jamais complètement débarrassée. Pourquoi faire son lit puisqu’on le défait le soir, hein?
Dans cette nouvelle vie, nous prenons de nouvelles marques : il nous arrive plus souvent de regarder des films ou des séries ensemble, et pour cela, nous avons bougé les fauteuils du salon, pour que chacun ait sa place, ce qui n’était pas nécessaire jusque là.
Hier, je me suis donc retrouvée dans un fauteuil placé différemment, avec une vue imprenable sur l’extérieur.
Souvent, à la mi-saison printanière, je dégage l’accès à la porte fenêtre, pour faciliter le dedans dehors estival. Là, il m’a paru impératif de remettre en cause toute l’installation du salon, pour que, été comme hiver, on puisse saisir ou le feu du poêle ou la vue sur le jardin, et pourquoi pas les deux. Et que chacun soit confortablement assis, un espace partagé indispensable à une vie « entassée » ou confinée, finalement.
La bonne surprise du confinement, est que, toute famille recomposée que l’on soit, on se supporte plutôt bien. Et même, on s’attache, d’une autre manière. Le danger qui règne dehors, fait de notre maison un îlot de protection, un cocon où il ne peut rien nous arriver. Du moins, on l’espère.
Il y a parfois, de ma part, un besoin de solitude que je ne peux satisfaire car il s’oppose à ma nature de créer pour les autres, ce bien-être qui met de l’huile dans les rouages. Je sais que la situation est temporaire, ou seule j’affronte l’extérieur, et seule je suis l’élément par qui le danger peut s’inviter dans la maison, de fait. C’est une situation très inconfortable, qui me demande une discipline jamais appliquée jusqu’alors, ma fille me le dit bien « maman je ne te savais pas si maniaque » alors qu’elle me voit laver chaque boite, chaque bouteille et autre sac de plastique venus du dehors.
Personne ne doit m’aider à vider la voiture, ni les courses, je suis intraitable la-dessus.
Je vais en vélo quand je le peux, car je me dis que le vélo n’est utilisé que par moi et ne peut donc pas contaminer. Et il présente moins de surfaces de contact à nettoyer!
Maintenant le risque zéro n’existe pas, et je souhaite juste reculer le plus tard possible le potentiel moment où l’un de nous serait atteint, mettant en danger le plus fragile.
Le canapé du salon se désolidarise en trois partie, l’angle pouvant de défaire. Il suffit de le placer face à la fenêtre, et alors mon regard pourra flâner de la chaine d’informations éprouvantes à cette vue apaisante, qui me fait un baume irremplaçable.
Un jour, nous devrons partir de cette maison, pour de vrai, et il va falloir retrouver un endroit, où une période de confinement serait aussi vivable. Confinement ou retraite, retraite de la vie sociale, du travail, de l’humanité toute entière?
Au fond, avec toutes les conneries que l’espèce humaine a faite, s’en éloigner un peu n’est pas un chagrin insurmontable, c’est même parfois pour nous, sauvages, un objectif. Choisir qui l’on veut voir, choisir qui vient, et puis parfois, heureusement, se laisser surprendre par des rencontres, des gens bien.
Quand le temps sera revenu de revoir nos concitoyens, la joie de combler les manques des siens, des proches et des amis, ne devra pas nous faire oublier qu’il nous appartient de veiller au grain, encore, petit grain de sable de cette grande plage.
Et le canapé sera déserté.

