Vélo magique

D’après l’application, j’ai une fenêtre d’une heure.

Cette nuit, il a fait un vent qui faisait trembler le chêne pas très loin de la fenêtre, un vent capable de bousculer les habitudes. Dans ces cas là, desquels nous sommes coutumiers, on pense d’abord aux bateaux, sont-ils assez amarrés, souvent en double. Hier, j’ai pu prendre quelques photos du clapot de la pleine mer, et de la couleur du ciel, un peu vert. Une dépression nous tombait dessus, pas besoin d’allumer le journal pour le deviner.

Je suis toujours rassurée d’être à l’abri, et même si j’allais dehors, à faire s’envoler cheveux et manteau, je saurais que, tout près, je me réfugierais. C’est ça, la sécurité.

Puis il a plu.

Assez pour nous rendre sourds au sommeil, pour nous aveugler de bruits. Je ne sais plus alors, si je suis réveillée par le vent, ou la pluie, ou mon inquiétude passagère.

À dix heures, j’avais donc une fenêtre d’une heure. J’attends un peu de savoir si l’homme me suivra, mais il trouve alors des tas de choses à faire, qui se sont faites à son insu le reste de la semaine, mais qui deviennent urgentes, le dimanche, quand il y a du vent et une menace de pluie.

C’est là que j’apprécie le plus mon vélo magique. Je sais que malgré les coups de fouets en rafales, ou bien la pression du vent debout, j’aurais l’aide nécessaire pour ne pas trop souffrir, même si ma vitesse se trouve alors fortement ralentie.

En revanche, le vent ET la pluie, j’évite. Un coup à se prendre des aiguilles dans le visage et à devoir fermer les yeux, parce que ça fait mal une aiguille dans l’oeil.

Je suis partie sans plus attendre que les 15 minutes qui ne devraient pas me faire déposer l’heure de liberté. À un kilomètre ou à peu près, je me rend compte que j’ai oublié mon téléphone et de « générer » une attestation. Si je ne me faisais pas contrôler, je pouvais supposer avoir déjà « économisé » 270€, puisque c’est la deuxième fois que j’oublie. Au moins.

La route est jonchée de débris végétaux dont les couleurs hésitent entre le marron et l’orange. Peu de vert si ce n’est celui de la mousse qui pousse sur le vieux goudron vers la Demi-ville. Sur les fossés, des herbes hautes, jaune paille, et encore de la bruyère mauve. Le sous bois est couvert de fougères orange, et les pins grimpent de plus en plus haut que le tronc se dégage des arbres plus bas qui perdent leurs feuilles.

Bientôt on pourra voir les champs au-delà.

C’est la saison où je prends la route du fusain. Il explose dans le fourré, à l’angle d’un champ labouré de frais. Je ne l’avais jamais vu avant.

Le ciel se morcèle, promesse d’une accalmie momentanée, je ne vois pas encore le soleil.

Parfois j’arrive à monter les côtes sans pousser le moteur, juste en réglant les vitesses. Ce sont ces jours là que je préfère, ayant la sensation d’avoir fait des progrès. Et puis parfois, le vent se lève, me stoppant dans la montée, m’obligeant à choisir entre la danseuse à l’arrêt, ou le niveau 3 de mon assistance.

Cette fois, la météo m’aide à faire ce choix, n’ayant pas de temps à perdre. Et puis la boulangerie ferme à midi, on est dimanche.

En contrebas, j’aperçois le panneau qui annonce « chasse en cours » et je vois les vestes orange se déployer tous les 50 mètres, à la lisière de la forêt. J’ai une pensée émue pour les chevreuils et pour les surfeurs qui restent à terre. Je dépasse les petits groupes agglutinés près de la dizaine de voitures le long de la route, sans dire bonjour. Je n’aime pas voir les fusils.

Il y a peu de voiture sur la voie express au-dessus de laquelle je passe.

À la boulangerie il reste ce pain d’antan à la mie brune, à la croûte presque sucrée et croustillante. J’en prends le kilo qui nous fera deux jours.

Mon vélo roule dans des flaques énormes, ce n’est heureusement pas de l’eau salée.

Sur la route du fusain au retour, la ria est à ma droite. Au moulin, je vois que la laisse de mer est du côté opposé. Le coup de vent a poussé la marée aussi loin que possible, faisant une île.

Soudain, trois chevreuils traversent, et je suis heureuse qu’ils soient dans la direction opposée des chasseurs qui ne les auront pas cette fois.

J’accélère un peu sur le plat de la route qui mène à Listrec. La mare du champs où paissent souvent les vaches, est bordé sur un bon quart de cercles d’aigrettes blanches, si blanches qu’on en aurait mal aux yeux si le soleil apparaissait. Je n’ai pas d’appareil photo, je passe en silence, elles ne frémissent pas.

Sur le champ en face, celui qui longe la ria, des vaches couleur café au lait sont proches de la haie en hauteur, sans doute pour rester à sabots secs, vu que tous les bords sont au niveau de la mer sont inondés. Au-dessus d’elles, les aigrettes, à tire d’ailes.

Je suis contente d’avoir évité la pluie, d’avoir un pain délicieux et d’être à l’heure pour faire à manger.

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