Flag

Ai-je jamais su qu’ils avaient la couleur du forsythia sur un ciel bleu ? Ou bien celle des jonquilles plantées sur l’océan ?

Si j’avais gardé en mémoire enfouie, bien plus loin que celle des caches de mon disque dur, l’orange d’un soleil qui se lève, je n’avais pas su pour la couleur du blé et d’un ciel de liberté.

Un jour tu réalises que ton fils a eu 18 ans le 28 janvier, et qu’il fait partie de ceux qui peuvent être appelés, pour défendre une cause, un pays, des valeurs.

L’Ukraine est un printemps de pays, qui s’émeut d’espoirs, qui s’émerveille de possibles, dont on vient de trancher la tige vivante.

Depuis des années, depuis 2015 surtout, depuis que j’ai perdu cette légèreté naïve, les plaques tectoniques de nos pays font trembler mon sang, et je vacille.

Parfois je me souviens pourquoi j’ai choisi Histoire en cursus universitaire et souvent je frémis qu’on l’oublie, qu’on l’efface, qu’on la chahute à discours vains et vides.

Ne voit-on pas venir le danger? Ne voit-on donc rien ?

Je suis née juste avant le choc pétrolier, d’un père né à la fin de la deuxième guerre, à l’avènement du féminisme, de l’accès à l’IVG et au compte bancaire, j’ai grandi dans l’ignorance d’un changement climatique galopant, alors que certains savaient déjà, dans un paradis équatorial, sous un gouvernement de gauche. Tous les paramètres étaient « au vert » si l’on peut dire, et mes désillusions furent tellement nombreuses depuis les années 90.

Ils ont la couleur du printemps et de l’été comme étendard, flagrant délit de liberté.

Ils sont comme tous ces réfugiés de guerres lointaines qui viennent chercher refuge dans les pays « démocratiques » où traverser la rue est le seul danger.

L’Europe n’a pas su accueillir comme il se devait, les êtres humains exilés de la misère et des guerres. Elle les a laissé se noyer, souvent.

Il n’y a pas de mer, ni d’océan cette fois, il n’y a pas d’autre frontière, même imaginaire, entre l’Ukraine et l’Europe. Peut-être que cette fois le ruissellement effraie encore plus grand, peu-être que cette fois, aucun col, aucun barrage, n’empêche de voir ce qui se passe chez nos voisins, pas plus voisins que de l’autre côté de la Méditerranée pourtant, peut-être que la proximité se fait plus grande avec ce monstre qui essaie d’étendre ses tentacules et que soudain, nous réalisons que finalement, nous ne sommes à l’abri de rien, ni d’un virus, ni d’un climat furieux, ni d’un fou.

Malgré tous les drapeaux de soleil et d’azur.

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