À la première sonnerie, je me lève. Elle n’a pas été simple à choisir, cette mélodie, suffisamment douce, suffisamment convaincante, pour me sortir chaque matin de la couette. Is anything wrong de Lhasa. Je me lève alors, pour réveiller ma plus grande, une caresse sur la joue, ouvrir le store, et prévenir « attention les yeux » quand j’appuie sur l’interrupteur. Je referme vite la porte, pour retourner dans l’ombre du couloir et rejoindre la chaleur du corps qui n’a pas frémi près de moi.
A la deuxième sonnerie, je bascule sur le mode radio. Histoire de sentir l’humeur de la France. A vrai dire, je n’écoute rien, mais les neurones tentent de se connecter. J’enfile le peignoir et je descends embrasser les têtes brunes qui déjeunent ou jouent dans la bonne humeur.
Un café.
Une douche.
Les grands partent pour le collège, la petite me serine chaque minute tant elle a peur de rater le car, qui a la malheureuse habitude d’être de plus en plus en avance.
Le camion camion démarre, le car passe.
Je retourne au bureau faire un point avec l’homme, mon patron dès 8:30. Un deuxième café s’avère nécessaire, lecture des mails, rcapitulatif des commandes du jour. Appels aux transporteurs pour connaître la dernière heure de livraison.
9:00, les étiquettes sont faites, je retourne à la cuisine ranger le petit déjeuner. Peut être nettoyer les plans de travail, relancer une cafetière (pas trop loin, oui, je sais).
Sur ma route, une table de salon débordante, un sol poussiéreux des poils du chien, des miettes de pain.
Un premier visiteur, un troisième café.
Je retourne au bureau, sur ma route, un tas de cahiers et livres scolaires, je vais chercher le sac qui sera déposé dans la journée chez le père. La chambre du fils, un lit défait, je rabats la couette.
Sur ma route un tas de linge, que je descends devant la machine à laver. A vider et à mettre à sécher. Il fait beau, je vais étendre le linge. Il sentira meilleur que dans le sèche linge.
Je retourne au bureau, faire les papiers de transporteurs, les bons de livraison. Les étiquettes ont été étiquettees sur les paniers, mis dans le coffre.
Il est 9:45, c’est l’heure de la pause café.
La collègue pleure un peu, elle est fatiguée, ce sera son dernier jour.
J’enfile ma veste, récupère le portable, appelle le mécano qui n’a toujours pas mis le nez dans le pot de fleur en forme de tracteur, devant mon bureau. Toujours pas de réponse.
Je livre mes paniers. Une demi heure jusqu’au premier transporteur, plus 15mn pour le deuxième. En passant je filme un bout de ma route, celle que Gwen m’a montrée, que je n’avais jamais empruntée car je la pensais plus longue. État cahoteux.
En revenant, je prends du pain et accessoirement je lave la voiture. Il fait beau, je voudrais voir le reflet du soleil.
Il est midi 15.
Pause discussion avec le patron, programme de l’après midi. Repas vite fait. Café.
Sur le bureau, les papiers à faire signer au patron et à l’employée partie dans la matinée.
Je fais les étiquettes du lendemain, un emballage belge, j’imprime les adresses quand j’en ai plus de 24 (nombre d’étiquettes autocollantes sur une page A4), je tamponne la date de demain.
Les chèques de salaires rédigés, les fiches horaires classées, les bulletins de salaire aussi, je pose le mien dans la chemise dédiée dans le tiroir de mon bureau, celui qui a la vue sur le pot de fleur en forme de tracteur.
Bientôt, on isole, on démonte, et ô bonheur on remonte les murs, les livres, et je changerai les couleurs des murs. Peut être seront ils de la couleur du tracteur, histoire d’assortir.
Les papiers sont signés, je mets sous enveloppe, il est 13:45.
Je reprends la route, chercher des paniers, il nous en manque, un ballot de 65, pour les 3 kilos.
Il fait si beau, que les 15 degrés en paraissent 20. J’ai presque envie de flâner devant des petites robes légères que je ne porterai pas.
Je vais chez le mécano du tracteur, celui qui est muet au téléphone depuis deux mois. Miracle, il est dans son atelier, avec son stagiaire, et la soixantaine de voitures qui attendent sa main soigneuse. Je constate qu’il est nouveau papa, je comprends mieux ses retards, mais je lui demande de nous dire quand il pense qu’il ne pourra pas assurer ses travaux chez nous. Je récupère les quatre culasses, les culbuteurs, les injecteurs, les joints, les cache culasse, il est surpris de mon vocabulaire mécanique, et encore il ne sait pas mon affection pour l’arbre à cames. Du coup, il me montre sa façon de reconnaître la première de la quatrième culasse, astucieux poinçons, j’en apprends tous les jours.
C’est l’heure de la pause café chez l’amie, celle qui se chauffe près du poêle, elle a froid aujourd’hui, elle est patraque, la faute aux médicaments, on dira.
Je papote un peu, je joue avec le chat.
La route du retour me fait m’arrêter chez H, qui est en arrêt depuis un an, il me pique des clopes, me raconte sa vie, il pleure, il a besoin de parler, mais je ne peux rien pour lui.
Il est 17:30, mon téléphone sonne. Fiston s’est trompé de car, il a pris celui qui conduit chez nous plutôt que chez son père. Je retourne fissa à la maison, prendre le sac d’affaires scolaires, puis je vais le chercher chez le copain sur la route entre chez le père et chez moi.
Il craint l’engueulade du père s’il sait son erreur. C’est le mot qui va bien. Pas réprimande, engueulade.
Je suis contente de gagner un bisou de plus dans ma journée.
Il est 17:45, c’est le retour à la maison. Un café.
Journée normale, journée bissextile, mon dernier 29 février était bien différent. Une vie d’huître s’est écoulée depuis, et la mienne, totalement renversée, renversante.
Un nouveau livre, une nouvelle page. Le mois de mars peut être, enfin.

