Le ciel est bleu comme une orange

si Jacques savait ce qu’on fait de son poème…

C’est improbable. Pour moi. Le truc qui m’aurait fait faire la grimace il y a peu de temps. Et pourtant. 

Faut dire que depuis quelques années je montre ma capacité de changements de façon magistrale parfois. Qui l’eut cru, l’eusse tu cru? 

Bref. 

J’entre, je tape mon numéro sur le clavier tactile. Rien que ça, mon numéro. 2223 ou 2322, je me trompe à chaque fois, et régulièrement je tombe sur la bobine d’un gars qui ne me ressemble pas. 

Je fais quelques pas pour rejoindre la salle où je me change. Parce que l’avantage de ce truc, c’est un peu comme la valise rouge dans la voiture. J’ai mon baisenville dans le coffre. Le sac adéquat, avec la bouteille d’eau. Des fois que je déciderais que j’ai le temps, ou bien que je prends ce temps. Le plus souvent c’est la deuxième option. Le temps d’un trajet de retour de livraison. A la place d’aller faire les courses tu vois. (Ça me fait penser que le frigo est vide, et si ça se trouve demain, j’utiliserai le deuxième truc qui me fait bondir, les courses sur le net) (je bondis beaucoup ces temps ci, ah ah) 

Je pose le sac sur le banc de bois après avoir allumé la lumière. Au moins, quand il n’y a personne c’est éteint. C’est pas comme les enfants qui laissent tout allumé derrière eux. 

Je défais mes affaire de ville à la campagne, ou de la campagne à la ville, et j’enfile le pantalon et le T-shirt qui sera à tordre dans une heure. Et puis les chaussures, pas des lourdes, des plus légères que pour le goudron, des qui sont faites pour le parquet, ou le caoutchouc. 

Le caoutchouc, t’as l’illusion de croire que ce sera moelleux. 

Je dis bonjour à des inconnus dont j’oublierai la tête dans 5 minutes, puisque c’est l’anonymat aussi que je cherche. Je te rappelle que je suis un numéro, déjà.  Pour ne pas entendre l’abominable musique qui passe sur l’écran télé en face des machines, des hits, qu’ils disent, je chausse des écouteurs. Enfin, je chausse. J’oreille, j’esgourde, j’enfile? 

Je choisis un peau de cast, j’augmente un peu trop le son (les hits ne sont pas Hi-Fi) et j’appuie sur Start. 

Plus, plus, je clique, la pente et la vitesse. Avant, j’ai aussi posé ma bouteille d’eau 50 cl dans le réceptacle adéquat. Et mon peau de chat idoine. Il faudrait que je ferme les yeux, pour rester entre moi et l’émission. Éviter les murs blancs et neutres, la télé qui montre des corps en mouvement mais pas dans le rythme que je m’impose. Je fixe les boutons, ils clignotent, me disent l’effort, la pulsation, les calories, le temps, la distance, des tas de trucs inutiles, puisque mes jambes savent bien où elles en sont sans avoir besoin de tout ce tralala. Et pourtant, d’une fois à l’autre, je me prends à surveiller, les kilomètres parcourus, la force de la pente que j’augmente, la vitesse que je laisse à « Walk », ce mot qui précède le « jogg », ce jogg que je veux éviter pour mes pauvres genoux. 

Ma respiration s’organise, se pose, je sens la chaleur m’envahir. 

Je suis là pour mes genoux (le gras de) et mes joues, pour ma tête, alouette. 

Le téléphone sonne, je réponds, essoufflée mais concentrée, je reprends l’émission, si j’arrive au bout j’aurais fait le temps que je voulais. 

J’appuie sur « stop », le tapis ralentit, ou bien j’arrête de pédaler et les clignotants s’éteignent, je descends de la bête, ce truc avec qui je me donne rendez vous plusieurs fois par semaine, pour m’autoriser une remise en forme auto didacte, loin de mes sentiers côtiers, de mes champs arrosés, de la mer, grise ou bleue, j’ai pris la voiture pour aller courir sur un tapis, à l’orange bleue, et j’en suis rouge. 

Payer pour se faire mal, dans une salle neutre, où tu ne peux que dialoguer  avec ta tête, ou te taire, ne pas te laisser distraire par l’ibis au sabot de la vache, ni par le héron, ni par la lumière du soleil dans ton dos. Tu payes pour souffrir à ta façon, pour aller mieux, par un acte volontaire, aussi crétin soit il. Parce que je ne sais pas marcher pour marcher, mais seulement pour aller d’un point A à un point B. Parce que devant la mer, je flâne. 

Pour maîtriser. 

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