Le piano monstre de Babet résonne entre les murs de la maison.
Des années que je ne l’avait pas écouté. Avant c’était Anis, des années aussi, mais toujours d’actualité.
Ça permet de faire un mijoté de porc au paprika et un bœuf bourguignon sans bourguignon tout à la fois.
Le soleil de novembre, ce mois « Du », qui ne se ressemble pas. Il fera plus de vingt degrés dans l’après midi.
Le ciel de soie recouvre ma peau, je pourrais m’y envelopper de douceur, me protéger encore un peu de mes souvenirs perdus, qui se font lourds comme des nuages.
Il n’est jamais trop tard.
Un jour, je serais peut-être devant une fenêtre à plonger mon regard sur un paysage tendre, vert et orange, ou bien carmin, un feu crépitera dans le foyer derrière moi, assise devant un bureau, les pieds sur un tapis épais. En contrebas, une tâche bleue, artificielle alors, reflètera la mosaïque d’un bassin où chaque jour j’irais nager.
La maison aura un plancher qui craque sous les pas, un escalier en colimaçon, peut être en pierres grises mais polies par l’histoire séculaire qui y aura laissé des traces.
La cuisine sera immense, avec une table en bois usée jusqu’à la trame, blanchie par l’usage, et il y aura toujours la possibilité d’y manger quelque chose à toute heure du jour et de la nuit. Il suffira de taper ses chaussures crottées du chemin avant d’y pénétrer, à moins que ce ne soit de l’humidité du jardin. Mais on pourra aussi y marcher pieds nus, car la lumière du soleil chauffera le sol inégal, été comme hiver.
Il y aura un jardin d’hiver, sous une verrière claire et lumineuse, avec des plantes grimpantes et un salon en rotin rempli de coussin colorés.
Les chats seront toujours cachés, sauf à l’heure du thé, quand ils viendront se lover sur nos genoux.
Il n’y aura de solitude que choisie, d’un regard ou d’un sourire.
J’aurai toujours l’énergie d’aller battre la campagne, d’enregistrer d’un clic un morceau de fougère ou la course d’un ruisseau. Peut être que je croiserais une biche au fond du jardin, qui posera quelques secondes pour moi, ma main tremblera un peu, mais mon cœur cessera de battre juste le temps d’une émotion .
Et ce sera bien.
