La maison

On devrait déjà être sur la volonté du retour. On devrait déjà avoir rangé la tondeuse, la table, les chaises de jardin. Remis dans la glacière le frais à rapporter. On dit rapporter et pas ramener car les choses n’ont pas de mains, on ne les mène pas, même par le bout du nez. 

J’ai le cul posé sur les poufs carrés que j’ai sortis du salon pour les mettre au soleil. Enfin, moi dessus, pour être, moi, au soleil, le pouf n’en n’a rien à cirer de la météo. Au début j’en avait fait banquette, les trois alignés au sol, et mon ventre dessus. Mes coudes épaules ont déclaré forfait, ça fait peu de temps que t’as 45 balais, ça doit être pour ça. 

J’entends les bruits de la ville. Rigole pas, c’est la ville, parce que c’est un tas ramassé de maisons, les unes sur les autres, sans autre alignement que celui des rues. Et comme on n’est point à Brest, il n’y a rien de droit. Je suis en ville parce que j’ai deux vis-à-vis. Ils ne ressemblent pas à des nuages qui auraient pris l’apparence d’immeubles, non, ce sont de vrais bâtiments de 1 pour l’un et deux étages pour l’autre. Rien qui ne cache le ciel, ni un nuage qui voudrait ressembler à une tour de la cité. 

J’entends les voitures monter. Si j’allais de l’autre côté de la maison, j’entendrais les voitures descendre. Et même, un cheval vient de passer. Ou n’importe quel animal à sabots. 

Ce matin, le voisin de l’étage de l’immeuble à deux étages avait ouvert sa fenêtre et on entendait de la musique naze. Au moins ce n’était pas non plus trop agressif, mais genre Celine tu vois. Je suis incapable de te dire ce que c’était vraiment, car la musique naze j’évite, et j’ai déjà bien assez de mal à retenir ce que j’aime pour m’amuser à enregistrer ce que je n’aime pas. 

On devrait être sur la route du retour mais je viens de voir l’homme passer avec la visseuse vers le garage, pendant que de l’eau dégouline des plis de mon ventre parce qu’il fait chaud sur la terrasse. Au fond, il n’est peut-être pas pressé de rentrer non plus. On cherche les petits signes partout. 

Ça fait des semaines, voire des mois que je n’ai pas réussi à écrire. Un blocage? 

Ça fait des semaines que je n’ai pas pris un bouquin pour le lire vraiment. Tu sais bien, quand on te trouve dans un fauteuil à 8 heures et qu’à 10 heures tu n’en as pas bougé. 

Je ne regarde surtout pas l’homme en train de déballer une étagère de son carton, une étagère à visser, donc. 

Il suffit d’entrer dans la maison et de fermer les portes pour ne plus entendre les bruits de la ville. Il suffit d’entrer dans cette maison pour ne plus entendre les bruits de ta tête. No man’s land. Trou noir. Oubliette. Paradis? 

Quand on sera obligés de partir, il faudra arroser aussi, car cette semaine, je ne suis pas sûre de revenir. 

Il y a déjà des hortensias, pas tres hauts, pas tèes vieux, je ne sais pas encore leur couleur. Il y a une rangée de bambous, des noirs et des jaunes. Ils seront censés nous faire de l’ombre. Il y a du thym citron et de la menthe. 

Dans la souche, j’ai planté des Hélianthèmes roses, des Saxifrages aussi. Sur une plate bande, il y a des Sagines et les enfants ont demandé si c’était de la mousse ! Du côté de la rue, on a mis des Fuschias, et deux Hellébores, parce que la rose de Noël. Et puis des campanules, j’aime trop. Peut-être qu’à l’automne je trouverai des myosotis pour le printemps suivant. 

Je ne sais pas si nous aurons beaucoup de locataires. Et en fait, je m’en fiche un peu. Je préfère la qualité à la quantité, et je ne serai jamais riche. Pas riche comme ca. 

Voilà. Je m’étais interrompue comme souvent, et depuis, la peinture de la chambre où nous dormons est finie. L’homme a fini de monter les étagères du garage. Un petit café passe, et nous pourrons partir. 

Ma joue, à l’ouest, est encore caressée par le soleil qui plonge dans la mer, pas loin. J’entends un peu moins de voitures, plus d’oiseaux. Ainsi, nous saurons qu’il peut y avoir quelques moments de calmes les dimanches d’avril ensoleillés. Et quand même ils seraient moins nombreux, je parviendrai quand même à créér ma bulle. 

Que me faut il encore pour croire au bonheur quand il existe ? 

Laisser un commentaire