Jour de Murmure

10:40. 

Le soleil a envahi la terrasse par sa gauche. On lui tourne le dos pour ne pas être éblouis de nos yeux pas encore bien ouverts. L’ombre des bambous tombe en un trait sombre sur la plus grande longueur du pont suspendu. Elle est un peu comme ça, la terrasse en bois, suspendue dans les bambous au dessus du jardin, à quelques dizaines de centimètres du sol. La rambarde donne envie de s’y pencher, de s’y accouder, voire de s’y assoir. J’ai installé les chaises longues et je compte bien en faire usage. 

Dans la maison, le garçon et la fille ont mis leur maillots, préparé les serviettes dans leurs sacs à dos et sont prêts à prendre leurs vélos pour aller à la plage le plus loin. Pour voir si l’eau est assez chaude pour y rester en maillot pendant tout le cours de surf. Ils sont déjà couleur miel de mangrove, et ils acceptent toutes les consignes pour débarrasser la table ou bien la mettre. Ils savent qu’ils obtiendront plus de liberté, si c’est encore possible, à ne pas ronchonner. 

14:00. 

Les garçons sont à la plage du Kerou, en combi, sur leur planches de surf, et moi, j’ai les yeux qui piquent sur mon bouquin, le deuxième. Le lit me tend les draps. Ils sont frais car la pièce est au nord et que j’y laisse entrer le vent. La mémoire de forme me permet de donner ma mémoire à moi au sommeil plus juste, et je m’y love. 

Les filles ont saisi une tablette de mangas pour la grande et de mini vidéos pour la troisième. Il règne le silence de la torpeur d’un après midi d’été. Les voitures qui passent dehors ne suffisent pas à m’extraire de la bulle que je me crée ici. 

Même l’homme reconnaît qu’un jardin clos de murs, un parasol, un ciel bleu et des bouquins peuvent faire oublier le bruit de la ville. On se sent à l’abri, loin des troupeaux de touristes traversant la rue pour rejoindre les plages.( Et loin, si loin, de Listrec, où jamais on a la paix).  

Parce que c’est l’impression que ça peut donner à certaines heures, une foule de maillots de bain, de gens dénudés, en tongs en chapeaux, en serviettes, les pieds brillants de cristaux de sable, et puis cette odeur de crème solaire qui trace une autoroute jusqu’à la plage. 

A la balade du soir, quand les gens de la ville plus grande s’en sont retournés, on croise ceux qui restent, douchés, les filles en cheveux ondulés, la peau éclatante, la pommette rose, le sourire blanc, la robe volante, et les mâles en bermuda, la chemise cintrée, le cheveu gominé. Et ça sent le gel douche et le shampooing. Ils vont au Restau ou bien prendre un verre dans l’un des bars qui remonte la rue des grands sables. 

22:57. 

La porte fenêtre entrouverte laisse passer le son du film que la bande des quatre fantastiques regarde à la télé. J’ai posé un plaid sur mes genoux. La lumière de la terrasse éclaire le parasol par en dessous, je vais le plier dans un instant. Dans la nuit, vaguement le bruit d’une voiture encore, elles ne vont jamais vite. Ce soir on entend pas le brouhaha des voix dans les bars. Seul le léger grincement du pied de parasol qui tangue. Les bambous se tiennent droit, ils ne font plus d’ombres chinoises sur ma page blanche. 

Si j’attends assez longtemps, plus tard encore, le murmure de l’océan. 

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