Fièvre d’orage

(Fiction. Ou pas). 

C’est 28,2. 

28,2 le matin. Une ambiance comme dans un film d’extra terrestres, où tous les personnages sont des aliens d’eux-mêmes. La tension est palpable comme on dit, tadam tadam, musique façon rideau de douche. Sans douche. 

La maison est plombée de torpeur. Chacun a tenté de chercher de l’air frais pendant la nuit, à regretter l’absence de chambre froide. Le ciel est bleu à gauche et gris foncé à droite. Ne pas y chercher d’équivalence dans l’hémicycle. Au milieu, un tas d’humains perturbé, cherchant un souffle, une brise. 

L’homme agacé s’avance pour corriger la manœuvre ratée de l’ouvrier mais c’est trop tard. Une partie de la marchandise est perdue. Un manque de logique total, une absence de raisonnement habituel, auquel on ne s’habitue pas. Encore moins un matin d’orage. 

Dans la maison les portes claquent derrière ceux qui oublient de les fermer, des passages bruyants qui ne réveillent pas ceux qui tentent de rattraper leur nuit blanche, sous les éclairs. Les rideaux volent, les papiers aussi, c’est la tornade. 

Au milieu du bleu et du gris, une ligne d’affrontement des humeurs du ciel, qui donne mal au crâne. Ça pulse comme un afflux sanguin brutal cherchant à se frayer un chemin dans une veine trop petite. Ça pèse, comme l’eau lourde qui enserre les bottes à la marée, rendant les pas difficiles, tout l’inverse des mouvements du Pesquet dans sa station. Ça pègue aussi, comme on dit du jus de la pêche qui est resté collé à la main et au menton gourmand. 

Le bon dieu n’a pas fini de secouer ses patates, le tonnerre de Brest de gronder, on sent l’envie pressente de l’eau de surgir des masses qui surplombent nos têtes. 

Le son n’en fini pas de durer. 

Le bateau est mouillé près du quai. Les traces de pas dans la vase vont être bientôt recouvertes d’eau salée. Ils se disent que le temps va s’améliorer au changement de marée. Ils s’étonnent du bruit, des éclairs longs et puissants, ils savent leur chance de pouvoir s’abriter. Leurs corps cherchent l’eau, ils se trempent habillés en entier, matinée T-shirts mouillés. Ça fait comme l’effet d’un antalgique sur un mal de tête, comme la première gorgée d’eau après la sécheresse, sans le bruit de la clim, ni celui des oiseaux planqués dans les arbres dont les feuilles sont immobiles. 

Ils s’allongent puisqu’il n’y a rien de mieux à faire, et s’attirent, puisque c’est ainsi qu’ils se connaissent. 

Quand l’outre du ciel crève, le bruit de la pluie sur les fenêtres de toit remplace celui de leurs respirations. Ils sentent l’herbe assoiffée se gorger d’eau, les arbres ouvrir leurs branches, les feuilles leurs pores, prêtes à boire l’eau du ciel pour pallier le manque, se soulager, l’écorce des bois parviendrait presque à effacer ses rides, comme des lèvres à nouveau pulpeuses, et la peau douce. 

Ils s’aiment sous l’orage, brutalement peut-être, passionnément sous la pluie, tendrement à la bascule de la mer, qui fait d’eux ce qu’elle veut. 

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