T. Comme instant.

Il y avait ce temps élastique qui dure et s’étire sans fin. Il y avait cette fatigue qui rend crétin, désagréable et inconstant. Il y avait cette pluie parfois, qui passe le cuir, qui trempe la laine. Il y avait aussi ce vent qui démonte et ploie, et le brouillard.

Je ne sais plus où exister entre le travail et le temps qui m’achève, ce temps qui passe et marque les visages des matins aux soirs, comme un dessin au feutre indélébile, alors tu as 45 ans, tu croyais frôler encore les 20.

Un jour je prenais des décisions le coeur léger, la certitude au corps, le lendemain je ne savais plus rien. Ainsi va l’apprentissage des incertitudes qui te font en pointillés, qui te jalonnent.

Mais tout de même, j’ai enfin ressenti les joies des bons choix, ou des choix assumés, ceux que je faisais en mon âme et conscience, merde aux autres, à ceux qui te freinent et t’incomprennent, ce mot quotidien des rencontres, le regard ahuri, ou bien les hochements de tête qui disent oui oui j’ai compris, alors qu’en fait, rien, ils ne comprennent rien.

Accepter d’avoir des dimanches comme des lundis, des lundis comme des vendredis, mais jamais de dimanches, ou bien un mercredi, volé dans la semaine, un mercredi échappé, ailleurs, envolé, caché, dans la maison murmure, la maison silencieuse ou bien hurlant les rires des enfants, la musique lancée absolue emprise, pleine de corps consentant, envahi. Etait-ce vraiment un mercredi?

Il fait le temps présent, comme un soleil de printemps. Le feu flambe qui réchauffe jusqu’aux os, presque trop, j’enlève mon pull, et je noie le regard dans les flammes, avant de le sortir au ciel bleu qui surplombe la mer et les rochers.

C’est le moment où je souhaite parfois n’être plus que deux, en silence, pour n’avoir que mes pensées à refléter et cesser des autres m’occuper. Se poser et les mots.

Je ne sais plus lire, je recommence les phrases encore et encore, je ne sais plus me mettre à la place de, je ne sais plus me laisser prendre et ça me manque. Il y’a des tas de gouttes qui peuvent faire déborder le vase, j’en ajoute sans cesse, ça ne déborde pas encore, parfois c’est même l’étale, comme si l’estran se faisait plus grand, plus important, comme s’il laissait la place aux idées noires se fondre et devenir cet hydrogène sulfurisé qui fait la vase, cette matière qui te chatouille les pieds l’été, qui te retient la cuissardes l’hiver et force ton genou et ta cuisse en torsion insupportables.

Alors je laisse la marée remonter, avec son flux et reflux de nouveaux événements décalés, tream, embase, clapet, filtre, hélice, treuil, tuyau de retour, prise d’air, calculateur moteur, batteries, pont avant, tracteur, internet, Thunderbirds, défaillances humaines, nature envahissante, algues, éponges, temps perdu.

S’ancrer ou bien s’encrer pour mieux se relancer, se prendre par la main et le courage aux deux pieds, savoir que ça ne va durer que le temps qui va passer, celui que tu donnes, que tu espères rattraper, est-ce possible ça, de rattraper le temps qui file?

Tissage. Au rouet, le fil, tendu, pelucheux, fin, vibrant du geste de la fileuse, n’usant que ses doigts et peut-être son dos vouté au-desus de la roue que je vois tourner au pied, et le bruit, que j’imagine, à côté du feu qui crépite. Peut-être.

Tiens, une image du temps passé, de ce rouet sur le haut du buffet dans la salle à manger rouge de ma grand-mère, qui donne sur un terrain plongeant, en escalier, poissons rouges.

Je vais finir mon café, laisser les bateaux s’échapper vers Salvador de Bahia, le ballon taper la terrasse, et mon corps s’enlacer du matelas de la sieste. Comme un jour de vacances.

 

 

 

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