Instant

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Les pissenlits essaient de prendre la place des pâquerettes. On croirait une bataille de printemps, une révolte sur l’hiver, un truc un peu en désordre, broussailleux si l’on n’y prend pas garde. L’herbe est dense, très verte, épaisse, comme la première touffe de cheveux sur la tête de mes enfants à peine nés.

Le mobilier de jardin est parsemé, au petit bonheur du passage de la tondeuse, quand il a fallu s’en préoccuper. Il reste des trous là où les pieds de chaise ou bien une table retournée par le vent, se sont posés pendant le long hiver.

Ma plante de pied n’a pas encore goûté.

La maison est pleine de fleurs, des fleurs d’ailleurs, des fleurs coupées que l’on n’a pas laissé pousser, ou grandir, peut-être même qu’elles n’ont jamais vu le ciel, de pluie ou de soleil, les fleurs d’avril qu’on offre, des fleurs cadeau, comme un dernier sursaut pour tenir encore un peu, tenir le temps qu’il faut.

Parfois, le soleil fait croire qu’il va se dévoiler, se poser là, et qu’on va pouvoir se chauffer contre. Mais il nous trompe. Un nuage et hop, il disparaît, on sait que l’hiver n’abandonne pas si vite. Il laisse son souffle d’air nous prendre au cou, il nous rappelle d’un frisson qu’il s’enroule, ma poule, il s’enroule et nous voilà tombés.

C’est en hiver qu’on meurt, sans doute, sans le savoir, dans les maisons, les chaumières, auprès d’un feu éteint, d’une braise, c’est en hiver qu’on disparaît, la fonte des glaces, la boue et ses traces, la lourdeur de la pluie sur la laine du manteau, la buée de l’air exhalé, les yeux fermés par la pluie. C’est en hiver qu’on s’enterre, et que l’Ankou passe.

Au printemps on saura. On verra les survivants, le sourire dans les yeux, la robe qui chante, et les cheveux au vent. Au vent chaud on se blottira, on mêlera nos sueurs pour en faire du bonheur, on couchera la fenêtre ouverte, à l’ombre de la lune, ou bien dans la lueur des étoiles. Soudain on s’apercevra que l’arbre change de peau, il se fait beau, il verdit, il se dresse contre un ciel bleu encore improbable. Les bourgeons se font de soie, ils paraissent si fragiles au moindre frémissement, ils ploient.

Comme des lambeaux de froid, l’hiver s’arrache.

Et j’aime ça.img_5648

 

 

 

 

 

 

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