Mes amazones

À 70 ans, ma grand-mère était une amazone. C’est du moins ce que j’aurais pu dire, lorsque du haut de mes 12 ans, je massais la cicatrice laissée par la disparition de son sein gauche.

Elle ne savait pas se servir d’un arc, mais je sais bien qu’elle savait envoyer quelques flèches.

Je lui apportais parfois son sein factice, sorte de pudding couleur chair, je n’ai jamais pu manger quoique ce soit ressemblant à un pudding d’ailleurs, c’est peut-être à cause de l’amazone. C’est lourd un sein.

Rien ne la faisait autant rire que de sortir cet ectoplasme branlant à l’agent qui tentait de la verbaliser pour défaut de ceinture de sécurité. Enfin, c’est ce qu’elle disait.

Elle serrait les dents parfois, son bras pouvait lui faire encore mal. Mais elle ne se plaignait pas à moi, ça ne se faisait pas, tu seras un homme ma fille, et la douleur ne se gérait pas de 1 à 10. Elle souffrait bien plus de sa solitude, un mal qu’aucune chimie ne peut soulager.

Elle s’est endormie dans son lit d’hôpital, 4 jours avant ses 90 ans, d’usure, de guerre lasse contre une vie qui lui était devenue ennuyeuse.

Pourquoi les femmes sont-elles atteintes de cancer par le sein d’abord?

L’idée d’amazone vient de cette façon qu’elles ont de se battre, de se défendre, de lutter corps à corps, pieds à pieds, fortes, armées, elles guerroient, s’acharnent, boxent, et gagnent la bataille quand elles décident d’elles mêmes qu’il est temps.

Quand je lisais le livre de C. Flohic « Les semences en questions », je posais parfois les lunettes pour me calmer. Je sais depuis un moment déjà que notre environnement influe notre santé, j’accepte cet état de fait quand j’ai le choix de ce que je mets dans l’assiette, en confiance.

Mais, ce que je lisais me faisait bouillir, bondir.

Je sais depuis longtemps aussi que l’industrialisation de l’alimentation occasionne de nombreux maux, essentiellement sur la santé. Mon amazone de grand-mère n’a pas connu la misère, a mangé sans doute plus d’aliments sains que moi à mon âge, elle a vécu autant d’année que son corps lui a donné, et je suis certaine qu’elle choisi de lâcher prise.

Ce qui n’est plus le cas actuellement, même si les choses changent.

J’ai lu quelque part que la courbe démographique s’inverse, que nos « vieux » sont en meilleure santé que les « vieux » de notre génération ne le seront jamais.

Que les organismes de retraite ne s’inquiètent pas, nous mourrons plus jeunes à cause de notre alimentation, de notre sédentarité, et des médicaments que nous prenons pour beaucoup dès notre plus jeune âge, pour compenser ce que la nature ne peut plus nous fournir car nous avons arrêté de l’écouter et de la respecter.

Mais ce n’est donc pas si grave car l’industrie pharmaceutique peut continuer de prospérer. Notre belle société donne d’une main ce qu’elle enlève de l’autre.

L’ordre des choses est un véritable bordel.

Je connais trois autres amazones chères à mon coeur. La première est une cousine aimée. la deuxième est partie un 29 juillet, et si je pense à elle souvent, c’est parce que j’étais là. Ses filles sont devenues mes soeurs, un lien nous unis, indéfectible, car donné par leur mère dans son dernier soupir. Il faut que j’écrive là-dessus aussi, ce lien là, passé avec l’au-delà.

La dernière amazone chère à mon coeur continue de papillonner dans la vie avec bonheur. Si je te disais le lien qui nous a fait connaître au départ, tu ferais les yeux ronds. Mais c’est ainsi. Cette amazone là va devoir encore livrer bataille, mais comme elle est intelligente (sinon nous ne serions pas amies) depuis quelques mois elle a modifié son alimentation. Et j’ai l’optimisme de croire que les armes que lui donne le corps médical vont se fourbir encore mieux grâce à la façon dont elle raisonne vis-à-vis de son corps et de son esprit.

Et la bienveillance.

J’ai arrêté de boire de l’alcool par amour, arrêté de fumer par amour, ce qui revient à cesser de nourrir mon futur cancer, mais je n’ai pas encore trouvé la planète à la hauteur de mes exigences. Alors je vais me construire un monde de compensation, où rien n’est parfait pour que ce soit beau, où le soleil se lève après avoir laissé la nuit nous couvrir d’ombre, où la misère n’est pas immobile, où les portes sont ouvertes, et les toits à tout le monde.

Puisque la pluie ne peut pas cesser de tomber, et le soleil de brûler.

 

 

 

 

 

 

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