Décembre est fini. Le mois où je quitterais plusieurs fois, le mois des claquements de portes ou des litres de sang-froid, le mois des attentes interminables, des doutes perpétuels, de la rigueur qui me force à rester en éveil, à lutter contre moi-même, le mois de tous les défis, est terminé, the end, et pas seulement d’une année.
Il faut rester ferme, encore, rester concentrée, toujours, ne pas perdre le fil et ne rien d’autre commencer. Le moindre livre m’emporterait bien trop loin de la ligne à laquelle je m’accroche pour faire ce qu’il faut, pour gagner mon pain, le moindre mot lu serait de toute façon interrompu, par le fil du téléphone dans lequel je ne me prend pas les pieds, mais qui dort avec moi, par une question incongrue, alors que défilerait le XIXème siècle suédois pourquoi pas, par une panne malvenue d’un engin totalement inconnu dont je sais pourtant le trois points, ou bien la rotule, voire même l’arbre à cames, si, je sais des mots d’une langue étrangère, j’en ai même des images, et une clé à molette. J’ai appris couteau et contre couteau cette année, et les articles du logiciel qui ont sauvé le nombre des paniers commandés.
C’est fou tout ce que je sais depuis ces dernières années, t’en as pas idée, mais c’est fou tout ce que je ne sais pas et que je veux apprendre, les abysses de mes lacunes s’approfondissent de jours en jours, de semaines en mois et en années, j’en suis toute engourdie.
J’ai appris aussi les effets du bruit sur moi, je le savais déjà mais pas à ce point. À Dunkerque, dans la nouvelle salle où nous avons passé trois longs jours à ouvrir nos cailloux, il y avait une sono qui m’a fait mal. Je le dis tel que, mal, au point de sortir de la salle pour retrouver une respiration, pour pleurer mon asphyxie, pour savoir si mon coeur battait encore à un rythme qui était le mien. Deux mois plus tard, les cervicales et le dos en marmelade, avec les tensions de la saison en plus, ont fait dire au soignant qui m’entendait, que j’avais subi un choc, comme si j’avais pris des coups.
Le paradoxe d’être sourde d’une oreille est que l’autre entend des sons que le commun des mortels ne saisit pas. Et que mon cou se tend là où on ne l’attend pas, ma tête se tourne là où elle doit voir pour lire de toi ce que tu veux me dire, mes efforts pour rester en communication avec « l’autre » sont tels qu’ils me déséquilibrent et m’usent, et souvent, la fatigue aidant, m’irritent plus que nécessaire, me colèrent, et mes proches en paient le prix. Mon chéri est sourd de ce qui me hurle aux oreilles et nous nous battons pour nous comprendre avec l’un qui dit « chut » et l’autre qui dit « plus fort ». Le son est une graine qui germe l’oubli, murmure la paix, susurre la musique, chuchote la caresse mais ébranle l’enclume qui brûle et percute.
La nuit, la maman que je suis s’est dressée à réagir au moindre bruit, alors j’entends l’apnée du sommeil, le ronflement qui réveille, le tic tac de mes rêves qui s’éloignent de Morphée comme la vague a léché le sable et s’en est allée.
Je découvre que ma tension vient de ce que je ne sais plus lâcher prise, et que l’abandon a besoin d’une bien longue préparation pour se souvenir que j’ai un corps aussi.
Je découvre chaque jour mes convictions et qu’un peu plus le monde à vau-l’eau.
Et chaque jour mon île s’étend, s’allonge, s’étire, cherche à me trouver.
Si je devais avoir une résolution, c’est celle de m’y résoudre. Et d’aimer mieux. Puisque c’est là que tout commence.

Je te souhaite des nuits de sommeil, pour commencer. En vieillissant il est le socle de tout, mental, physique, le corps le réclame comme un bébé son lait, et le mental est le tyran qui veut nous en éloigner. Le mental pousse à l’anorexie du bien être.
Le mental est un tyran,c’est ma prof de yoga qui le dit, cela me plait beaucoup.
Quelle berceuse te chanter ? je les invente, les adapte.
Pas de poisson ni de rocailles, ni de moteur qui écrase les oreilles, ni de file d’attente devant des professionnels épuisés, non dans la tienne, du soleil, du sable chaud, et l’île toute à toi, des odeurs vanillées.
Bises
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