Je ne sais pas d’où elles sont venues.
Les jours d’avant, il y avait eu des moments de pure solitude, où j’ai su. Où j’ai pu. Le matin de son départ déjà, entre le paysage que je lui avais envoyé par texto et le comptable dans mon dos, je me laissais aller, sur le gazon, à tomber à mes pieds, des larmes.
Après, il a fallu tenir, se retenir. Ils devaient sans doute être bien plus tristes que moi, tous ceux qui l’avaient connue, des années plus tôt, celle qui lui a donné la vie, ceux à qui elle a donné la vie, Les proches et tous les amis, de la vie d’avant et celle de maintenant, parfois tout en même temps.
J’ai revu Brigitte, bien sûr, celle qui m’avait fait le cadeau d’être là au moment où. Je ne savais pas que c’était un cadeau. Je savais juste qu’elle avait tissé un lien entre elle, ses filles, et moi. Juste. Le mélange des larmes c’est une promesse de sang. J’ai su que c’était un cadeau, peut-être parce que je n’ai pas été surprise. Je savais. Savoir n’enlève pas la douleur. Mais aide à comprendre pourquoi on pleure.
Le jour de la cérémonie, je connaissais plus de monde que ce que j’imaginais. Dans mon esprit est passée l’idée que la connaître m’avait permis de m’ouvrir un nouveau monde. Elle partageait ses amitiés.
Je ne sais pas d’où elles sont venues, mais les larmes, les sanglots, les pleurs, appelle les comme tu veux, n’ont pas cessé de couler, beaucoup, beaucoup trop aux yeux de certains sans doute, mais je n’y pouvais rien, j’étais une madeleine, une serpillère juste bonne à essorer, une écope, un seau inondé, un lac, une rivière, les chutes du Niagara. Pas très utile la copine, de fait.
J’étais dans tes bras à pleurer et dans les tiens aussi, qui prenait les pleurs de l’un ou de l’autre, je ne savais, on s’accrochait, on se caressait le dos, on s’engouffrait, on se mouchait et on reniflait. On se perdait dans l’autre, dans la communion d’une âme partie trop tôt, pour une idée d’un amour commun, celui de l’être humain.
J’étais essorée.
Sans doute que je pleurais mes grand-pères, mes grand-mères, mes idées perdues, mes échecs, tous les deuils passés que je n’avais pas vécus mais qui m’étais transmis, je me lavais de toute cette tristesse oecuménique, cet ensemble de solitudes, ces départs non cicatrisés, ces non-retours, ces îles oubliées, ces cailloux déserts, ces villes fantômes.
Je pleurais sur l’humanité.
Je dois repriser, avec du fil bleu, un chandail qui tisse entre nous une chaleur qui ne prendra jamais sa place. Mais qui fera briller une petite lumière, là, pas très loin, parce qu’ainsi va la vie, comme un souffle fragile, une brise tranquille, une tempête, un ouragan, avec un phare comme Ar Men pour donner sa lueur, une pierre dans les fondations de notre maison.

Pffff. Oui
Toutes ces larmes qui ont racines en nous, c’est dingue
Bises
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