La goutte #nounou 3/3

Fils était prêt à 17:00 comme convenu. J’ai échangé quelques mots et impressions avec le maître de stage, tout est bon dans le plancton, je racontais vaguement l’aventure nounou à l’amie qui était là aussi, et nous sommes remontés dans la voiture pour aller chez Marie-Josée. Je me demande encore comment j’ai pu oublier son prénom. La mémoire a parfois des tours qu’elle use et abuse à mes dépens c’est certain. Evidemment, Marie-Josée!

Fils ne se souvient plus du tout. Il est persuadé qu’elle ne le reconnaîtra pas! Le candide! Fils est doté de fossettes, de belles fossettes, et ses yeux sont si bleus, que petit, je pouvais le repérer dans le noir. Je sais qu’il n’a « pas changé » même si douze ans, pour un enfant, c’est un monde.

Je me perds à nouveau un peu, mais beaucoup moins, et nous voilà « rendus » comme on dit ici.

Il pleut à verse. Que dis-je. Des seaux. Des hallebardes. C’est miracle s’il ne nous pousse pas des ouïes. Le plancton va changer de nature, c’est sûr! Claudine nous a confirmé qu’en fond de ria, là où nous sommes, avec nos cailloux, nous faisons presque de la détention de bien public tellement le plancton est riche! Un prélèvement avait été fait le premier jour du stage de Fils, et la réaction a été immédiate « quelle belle goutte ».

Parlant de gouttes, nous ruisselons avant d’avoir posé le pied par terre, la porte de la maison est déjà ouverte, nous le distinguons à travers le rideau de pluie.

Elle prononce mon prénom d’un air ravi et je suis surprise de la trouver si petite. Ou bien le palmier de la maison si grand que j’en perds ma notion d’échelle?

Fils ricane un peu gêné derrière moi, elle le reconnaît tout de suite, nous entrons, nous embrassons, je lève la tête, je vois trois enfants de 2 à 8 ans environ, la cuisine est toute petite, comme c’est drôle, suis-je devenue géante?

Je reconnais sa fille, elle est plus mince, grand sourire, bises, et puis le mari, je ne sais plus son prénom non plus, mais toute la famille est là pour nous accueillir.

Elle nous fait assoir autour de la table, le salon derrière moi, dans la cuisine, comme autrefois. Elle pose devant nous une tasse pour une tisane au citron, et des madeleines. Elle parle beaucoup, demande commet nous allons, je lui résume les dernières années rapidement, elle demande comment va ma fille, je lui dit Terminale S, elle manque défaillir, regarde sa fille, me dit que les trois enfants qui sont là sont les siens, je manque m’évanouir, le temps est-il si élastique ?

La tisane infuse, Fils ne quitte pas sa banane, tout étonné de voir la fête qu’on lui fait, et puis elle sort l’album.

Marie-Josée a gardé les photos des enfants, et ma fille est partout et mon fils est si petit, mon pain plié.

Le mari, ça y est, ça me revient, un motard de la police, oui, amoureux de son véhicule et de son métier. Il raconte sa dernière journée avant la retraite, le défilé du 14 juillet, en première ligne, il en a imprimé un tableau, fier.

Le temps s’est un peu levé, il est temps de partir, nous prenons rendez-vous pour lui présenter ma deuxième fille et qu’elle retrouve la première, qui, j’espère se souviendra.

Elle porte le coup de grâce, juste quand je me lève, en me désignant sur l’étagère, un quadrilatère vitré, dans lequel s’insèrent des photos. Un ensemble que nous lui avions offert, peut-être avant de déménager, je ne sais plus.

Les gouttes aux yeux, j’ai. Cette famille s’est attachée à nous, et Marie-Josée a aussi fait de mes enfants ce qu’ils sont. Des êtres joyeux malgré tout, des esprits vifs, plein d’humour et de talents divers.

Nous nous embrassons à nouveau (comme elle est petite!) et nous quittons sûrs de nous revoir dans 15 jours.

Fils est bluffé, surpris, n’en revient pas, me dit que j’ai eu raison, qu’elle avait l’air si heureuse, que la pluie ne comptait plus.

Je n’ai plus de doutes, quand une intuition me vient, parfois il faut que je la suive, qu’elle soit dans un courant d’air ou pas.

4 commentaires

  1. oh ! Les objets qui vous cueillent dans un coin sans qu’on ait vu venir. On voit.
    Bravo, c’est une belle audace. Il faut s’y accrocher, tu as raison, toujours.Je pense que tu ne sais pas toujours assez combien les gens te gardent au coeur et sont là.

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  2. J’ai peut-être écrit trop vite, ou bien j’ai mal dit. Si je laisse une trace je ne veux pas qu’elle soit lourde ou tristesse veux qu’elle soit plume, légère… presque inexistante donc. Là, mais sans peser.

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