Qu’est ce que tu fais?

C’est compliqué. Ou bien trop simple. Il suffirait de dire « j’écris ». Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Alors je dis « je cherche ». Mais ça laisse le regard en l’air, l’interrogation en bulle, le doute subsister.

Moi aussi je doute. Tous les jours, chaque heure, presque chaque minute, celle qui me trouve devant l’écran : je commence où?

Et puis le téléphone sonne, ou bien un enfant me pose une question, ou bien c’est l’heure du déjeuner, du café du chantier, l’heure d’aller faire les courses, de prévoir les petites huîtres, d’anticiper la journée de réunion participative, condition de l’adhésion à une mention importante, il y en aura d’autres, l’anniversaire d’un fils qu’on ne comprend pas bien, le brevet des deux autres fils, et puis le bac qui arrive aussi. Le mariage de demain je n’en parle pas, un samedi à boutiques avec chéri pour ne rien trouver, et puis si, et d’entendre ma plus jeune dire, l’air interloqué « oh maman, je ne t’avais jamais vue élégante ». Oups.

Alors j’attends que ma connexion affiche la page numérisée d’un document de 1888. Ou bien j’agrandis pour lire ce qui est écrit en tout petit. Parfois, il ne se passe rien, le réseau ne répond plus, et je fulmine.

Oui, je cherche.

Dans une famille de non-dits, pour avoir des réponses aux questions, il faut attendre une semaine des quatre jeudis. Alors je cherche. Des dates, des noms des lieux, des contextes.

Je sais pouvoir me mettre dans la peau, fermer les yeux et voir, je sais imaginer les parfums, les paysages. C’est un avantage. Mais pour écrire vrai, il faut avoir vécu, ou bien qu’on t’ai dit. Pour compenser, je lis. Je déchiffre, je découvre, j’apprends, je suis surprise souvent.

Et je commence à comprendre, à saisir.

Ce matin, sur ma tentative de vélo rééducatif, j’écoutais une conférence sur l’épigénétique, sur la transmission cellulaire des vies des générations précédentes, des incidences. Je n’ai pas encore tout écouté, je savais déjà beaucoup, la psychogénéalogie, les concordances de dates, les prénoms, les sacs à dos qu’on porte, plus ou moins lourds selon les mots dits. Ou pas.

Ça passe par là aussi mes recherches.

Alors je devrais répondre à cette question « tu fais quoi? », je devrais dire que je constate mon incommensurable ignorance sur de nombreux sujets et que je ne suis pas sûre d’avoir assez d’une vie pour apprendre.

Et même si ça ne rapporte aucune richesse pécuniaire, cette nourriture me fait tenir debout.

Et le sac à dos plus léger.

2 commentaires

Répondre à siloinetsiproche Annuler la réponse.