
C’était vraiment une belle maison.
Elle s’ouvrait sur le jardin, comme s’il entrait avec le soleil. Eté comme hiver, le jour inondait. Elle était chaude aux jours froids, tiède, les jours chauds. Un lieu qui respirait à travers le bois de l’armature, le mélèze de la peau, un bateau qui craquait au vent, qui se gonflait puis s’assoupissait, tranquillement.
J’aimais tellement cette maison.
De mes mains j’avais participé à sa construction. J’avais rêvé la disposition des pièces, la vie qui s’y déroulerait, les pas des enfants sur le carrelage, leurs rires absolus, de ceux qui sont inextinguibles et irrésistibles.
Ils y ont fait leurs premiers pas. Presque tous. En tout cas, c’est dans cette maison que j’ai accompagné les pas de ma dernière, alors que j’avais posé un congé de travail, qu’on appelle congé parental. Celui qui fait la frontière entre une vie et une autre.
J’accueillais des hôtes, dans la chambre du fond, avec une jolie salle de bain, aux murs bleu tempête. J’avais décoré de chanvre, de soie, de lin, de sisal, de bois.
C’est peut-être cette maison qui m’a appris à faire du pain, en même temps que le plus beau de mes Pandoro. C’est là aussi que je créais mon foyer, comme pour me rapprocher d’un rêve.
Le bleu du ciel se noyait dans les bouleaux Himalaya, le magnolia étoilé prenait racine, les groseilles, les framboises, le pommier Alexandre, les roses Ronsard, les céanotes bleu nuit, je ne sais pas comment ils s’écrivent mais je sais comment ils se plantent. Les sumacs ont fini par faire des parasols et les prêles de magnifiques tiges graphiques.
Enfin j’imagine.
Car un jour, j’en suis partie.
Avec mes livres et mon robot ménager, avec mes larmes et mes espoirs, avec la déchirure d’avoir brisé la quiétude tranquille de l’enfance de mes trois chéris.
J’ai mis du temps à me remettre de ce choix, je ne sais pas si on s’en remet vraiment.
C’était une maison adorée.
Depuis 10 jours elle est vendue, et une page se tourne. J’ai le coeur un peu serré, de ce qu’il est resté de ce que j’avais construit avec sincérité. Le coeur serré de la fracture qui reste à vif dans les relations que j’ai avec le père de mes amours.
Il est fier de m’envoyer un mail avec les photos.
Je l’ai remercié de ce beau travail de finition que seule notre séparation, finalement, lui a permis de faire. C’était une belle maison imparfaite, avec des coeurs dedans.
Mes enfants la quittent. Leur maison est maintenant celle où ils vivent depuis plus de 7 ans, une semaine sur deux, mais en plein, au bord d’une mer où la vie est parfois compliquée, mais quelle vie ne l’est pas?
Il ne faut pas s’attacher aux biens.
Il faut s’attacher aux siens.
C’était une si belle maison.

Oh la la
Une séparation de plus
Elle était à toi aussi, à tout ce que tu y as bâti
Je t’ai connue dans cette maison
On s’attache, à tout, rien à faire
JE lis LE LAMBEAU de Lançon, et ce n’est pas cette lecture qui va me nous dire le contraire…
Bises en bois brindilles et fort
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« en même temps que le plus beau de mes Pandoro. » Je confirme, si besoin était ! :;)
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