
Il y a des journées si parfaites qu’il m’arrive de culpabiliser de les vivre.
Jamais pendant la saison estivale, nous avons ce luxe de calme. Jamais, alors que le monde bruisse autour de nous, nous ne nous sentons aussi libres d’être seuls chez nous, cet endroit paradisiaque à celui qui n’en voit que la surface.
Nous avons pu prendre notre petit déjeuner dehors sans qu’aucune voiture ne passe. Ça paraît incongru de dire ça, mais pour aller chercher du sel, la voisine doit prendre sa voiture. Nous, quand il nous en manque, on a la possibilité d’aller chez Mamie. Plus exactement, d’envoyer un enfant messager. Sinon, on s’en passe.
Nous avons presque vu le soleil se lever car un son répétitif lointain de basses nous a finalement fait sortir du lit.
A l’impossibilité de rester dehors se faire assourdir, nous avons répondu pêches et pêches encore.
Celles qui, cette année ont vraiment bien vécu l’été. Rondes et charnues, elles ont réussi à être sucrées et faciles à éplucher. Ce n’est presque jamais le cas.
Plusieurs kilos plus loin nous avons laissé écouler quelques heures d’un faux labeur.
Bien sûr, nous sommes restés suspendus à la soirée d’hier où deux phénomènes se sont produits : le concert sous casque de Vincent Courtois, avec la complicité d’Aline Penitot, était prévu depuis de longs mois, et j’avais déjà eu la chance d’y assister, donc je savais à quoi m’attendre. En théorie.
J’étais plus incertaine pour Lui, car il n’avait pas réussi à écouter le disque du violoncelliste, un jour mal choisi que je lui proposais de l’entendre.
Nous nous sommes assis dans la jolie chapelle, avec un mur en fond d’écran où se diffusaient des images de la barre d’Etel. Un casque pour chacun, posé sur la chaise, qu’il faudrait mettre quand Vincent nous le dirait.
Dehors il faisait encore presque 25°, une petite fraîcheur s’est posée sur mes bras à l’intérieur, nécessitant de mettre ma veste en jean.
Les premières mesures lancées, soudain j’ai senti le vertige venir, comme une chute de tension brutale qui m’a fait transpirer de tout le corps, il n’a pas fallu 10 mn que moi et mes habits soyons trempés. Je ne sais pas quel miracle a fait que je ne suis pas tombée. J’aurais tendance à remercier la musique, que je reconnaissais et à laquelle je m’accrochais, concentrée, comme au rocher tortue de la barre.
Il m’a tenu la main, peut-être que par là, les émotions qu’il ressentait se sont évadées jusqu’à mon système lymphatique?
Certaines voix sont plus précieuses que d’autres. Certaines voix sont plus chargées d’émotions que d’autres, et celles que le patron du canot Émile Daniel faisait passer étaient extraordinaire.
Aux applaudissements, j’ai senti qu’il fallait que je parte, me sauve, reprenne mes esprits, mon oxygène, je ne sais, il a bien voulu me suivre alors qu’il était encore toute à la magie de ce qui l’avait rendu tout émotion.
Je n’ai pas su dire à Vincent que c’était de ma faute si nous ne sommes pas restés après, juste que c’était un beau moment, qui a fait remonter le temps à l’homme.
Parfois, souvent, quand on le veut bien, la musique nous cueille. Et on n’y peut rien.
Je me souviens alors de ce voyage vers l’Auvergne que nous avons fait en voiture au printemps. Que lui a t-il pris de choisir l’un des derniers disques de mes albums, celui d’Yves Duteil?
Autres temps, autre contexte, j’ai connu les musiques d’Yves Duteil par cœur il y a bien plus de 30 ans.
Les entendre, avec le sens des mots qu’il y donne, alors que la vie a passé avec ses expériences et tout ce qui s’ensuit…. j’ai passé presque tout les deux disques, tant qu’à faire, à les chanter, car je n’avais presque rien oublié! Et à pleurer. Oui. Un grand moment.
Il est 17:28, un soir de septembre, j’entends les goélands, je vois s’ébattre sur l’herbe deux mésanges grises, tellement jolies, le chien courir après le cormoran qui a osé se poser sur le mât du chaland, qu’il sait pourtant propriété exclusive de l’homme à défendre, les compotes de pêches sont stérilisées prêtes à passer quelques semaines d’hiver, les clafoutis à moitié mangés, le café prêt à moudre pour demain matin, l’eau de la ria presque tiède de sa remontée sur le sol noir, mon maillot sèche sur moi, mon chapeau me fait l’ombre nécessaire pour écrire ou lire, l’hibiscus mauve va se mette au repos, il ne faut pas que j’oublie que parfois, je sais la chance que j’ai d’être là.

Mais alors c’était quoi ce moment musical auquel tu as participé, ? Tu peux ne dire plus ?
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Imagine une salle avec des gens assis sur des chaises face à un écran qui montre des images filmées de la Ria à l’endroit de la barre. Entre les gens et l’écran, un violoncelliste et en coulisse un ordinateur. Sur les têtes des gens, un casque audio connecté au violoncelle et à la bande son de l’ordinateur. C’est la voix d’Aline qui interroge, elle se pose des questions et elle en pose à des gens : un kitesurfeur, un garde littoral, une ostréicultrice, le sémaphoriste et surtout le patron du canot Émile Daniel. Des témoignages sur ce que la rivière représente pour eux. C’est poétique, philosophique, pragmatique, parfois drôle mais surtout extrêmement émouvant. Tu fermes les yeux et tu es transportée par les voix et la musique. Ce violoncelle humain, dont j’ai mis le lien sur fb. West, de Vincent Courtois, donne une idée du monde où il nous fait aller.
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