J’entends siffler le vent

Il paraît que c’est une obsession.

Pourtant, je peux compter les jours de soleil depuis 5 mois, sans avoir épuisé tous les doigts de mes mains, il reste au moins deux doigts qui n’ont pas vu le bleu.

Et si ça ne paraît pas véridique, il suffit de regarder les stats météo de la région. On ne pourra pas m’accuser de mauvaise foi, il a plu 80 centimètres en 3 mois, si.

Ce n’est pas une obsession de vouloir partager avec qui on aime, quelque chose qui fait du bien.

Il faut savoir que chaque geste me coûte, souvent. Quand je fais la pêche des huîtres plates, au sol, mes genoux me hurlent qu’il faut cesser cette torsion insupportable.

Quand je descends l’escalier avec la petite puce de 11 kg dans les bras, c’est comme quand je vois le ski de bosses à la télévision : aïe, aïe, aïe, aïe.

Bien entendu, ça fait des années qu’il n’est plus question de m’accroupir, ni de photo ras du sol, sauf à me mettre à plat ventre, et je pense que l’art de vivre à la japonaise m’est définitivement inaccessible.

Quand le chirurgien a opéré mon deuxième genou (5 ans après le premier), il m’a dit : de toute façon c’est la prothèse avant 10 ans.

Alors, l’arthrose à 47 ans, je connais, merci, bisous, merci, comme dirait l’autre.

Alors, voilà. (Comme dit JBB).

L’achat d’un VAE (restons simple) était une réflexion mûrement mûrie, voire accouchée de la pomme, avant la fleur.

Quand, en plus, je calculais le nombre des incessants petits trajets en voiture, j’en arrivais à me dire, m’enfin (comme disait Gaston), faire 14 kilomètres pour du pain, quel bilan carbone, même si le pain se révèle au levain, de ceux qui prennent le temps de lever?

Bref.

Tu vois les images de fée, avec des ailes roses dans le dos? Ou bien celle de l’ange?

Loin de moi l’image de la fée ou de l’ange, je crois bien n’être ni l’une ni l’autre (et mon ex confirmera), mais les ailes, oui.

Clairement.

Mon premier envol de 47 ans, depuis mes dix ans. Elles ont du pousser dans mon sommeil, la veille du jour où j’ai essayé l’engin pour la première fois.

D’aucun diront : c’est de la triche.

Ou bien que je ne fais rien.

Ou bien que c’est nul parce que la batterie, ben ça reste une batterie.

À d’aucun, je ricane.

Ce vélo m’a rendu ce que j’avais l’impression d’avoir perdu : des jambes.

Ce vélo m’a offert le vent dans les cheveux et le bruit du ruisseau.

Je ne désespère pas qu’il m’offre un répit de temps avant la prothèse. Ni qu’il m’allège, et me rende la bonne humeur, par sécrétion secrète des endorphines, celles du plaisir, qui se déclenchent au bout d’un certain seuil d’exercice.

En attendant, j’ai vu des couchers de soleil avec les garçons (deux des quatre Fantastiques), et le pont Lorois, au loin, qui cadrait l’entrée de la rivière par où sont entrés les Groisillons un jour.

J’ai baguenaudé dans des chemins de terre pas très loin, et descendu des pentes à toute allure.

Mon fils, nonchalamment déverrouille ses mots à chaque tour de roue, comme si d’être partie prenante d’un paysage, offrait une page blanche. Avec Kounda, qui traverse comme un boulet de canon, la lande qui cache l’oiseau.

Le vélo ouvre aux confidences, dans le silence de ses pas, et l’écrin de l’air suave. Je me rapproche d’eux, ils me le rendent bien.

Mon vélo affiche 160 km en un mois de pluie, de vent, et de gris.

Souvent le même trajet, de la maison au bourg, ou bien.

Mais peu importe, j’entends siffler le vent.

4 commentaires

  1. Bien !!! Au moins avec le vélo tu peux compter les heures de non-pluie, peut être, et c’est du bonus.
    Aucune souffrance des genoux avec ce vélo ? C’est le paradis !

    Et ces temps de partages, je n’y avais pas pensé. Triple bonus.

    Bisous dans les oreilles

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    1. Oh le temps de partage je n’y avais pas pensé non plus, moi qui suis assez « solitaire » dans mes pensées! Et c’est un bonheur que d’aller sur ces échanges en toute confiance avec ceux à qui je tiens le plus : mes enfants!

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    1. Je chante dans la voiture, habitacle fermé ù personne ne m’entends ! De fait, en vélo, j’écoute, c’est ce qui me semble le plus juste. Peut-être que me viendra l’envie de chanter Goldman ou autre « je marche seule  » un de ces jours 😉

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