On s’y fait. Plutôt bien. Le sommeil continue de fuir quand les pensées s’accrochent à mes questions d’insécurité. J’ai pourtant un toit et à manger, mais l’incertitude de l’avenir professionnel me tient au corps, même si, rationnellement, nous avons tout fait pour ne pas nous perdre.
Je dois apprendre le lâcher-prise, ou bien de gérer le recul, la hauteur de vue, le relativisme. Après tout ce n’est pas si grave, il va juste falloir se réinventer, encore, et toujours. Philosophiquement, c’est ce qui nous rend vivants non?
Des choses changent, et j’aime. Je n’ai pris la voiture qu’une fois en 15 jours, ça me change des 6 fois quotidiennes au minimum, pour les enfants.
Précisément, le danger c’est moi, puisque je suis la seule du foyer à aller à l’extérieur. C’est un choix que nous avons fait pour limiter les risques pour mon homme de patron. Les enfants font des parcours de 15 jours au lieu d’une semaine pour tenter de respecter le cycle du virus s’il parvenait à nous coloniser.
Donc, je sors, avec des papillons dans le ventre, je juge de la population présente et je choisis d’entrer ou pas dans le magasin. Ce qui a pour conséquence immédiate que le frigo et les placards ne sont pas tout à fait correctement achalandés. J’utilise également le Drive, comme je le faisais avant en période hivernale et que je n’avais absolument pas le temps d’aller faire des courses sur les horaires d’ouverture. Le drive a l’avantage de se connecter même en pleine nuit.
Le drive est pris d’assaut, une semaine de délai, ce qui ne simplifie pas le réassort avec les 4 ados qui mangent même la nuit.
Quand nous ne sommes que deux, nous n’avons plus les mêmes besoins. C’est étrange d’ailleurs de voir comme nous avons besoin de peu. Le pain reste une base, le beurre aussi, ah ah ah. J’ai pu découvrir le lieu où me fournir en produits laitiers, et j’ai repris les paniers de légumes que j’avais depuis longtemps laissé aux oubliettes, ne sachant jamais trop comment préparer les légumes surprise que j’allais trouver, par manque de temps et d’envie.
Dès demain, je reprends le vélo pour aller chercher le beurre et la faisselle, et peut-être que le producteur de fruits rouges sera ouvert. Ce serait si bien.
La commune est très étendue, plus de 110 km de petites routes, je ne sais combien d’hectares entre la terre et la mer, 40 km de côte.
Si je suis à 6 km de la superette, 15 minutes, je suis à 12 km du « petit fermier de Kervihan », soit 40 minutes de vélo grosso modo.
Autant dire qu’il faut anticiper le temps.
Mais, déguster un bol de faisselle avec des fruits rouges, est la récompense ultime, qui donne tout son sens au temps qu’on y porte.
Ce sont ces choses là que je voudrais continuer « après ». Me fournir en local, très local, prendre le temps de le faire, même si, ne nous leurrons pas, ce sera sans doute en voiture car je retrouverai la nécessité de rentabiliser mes trajets, comme « avant », quand j’utilisais une livraison d’huîtres chez le transporteur à Lorient, pour repasser à la Biocoop de Lanester, prendre un café avec mon amie de bientôt 91 vrais printemps, prendre le pain chez Bara et faire le plein à Nostang, avant de rentrer à la case pour faire à manger. C’était le lundi, souvent.
Peut-être que je vais demander aux enfants de faire une partie des trajets en vélos aussi, pour qu’à plusieurs on parvienne à remplir notre panier de choses meilleures qu’ailleurs, le tout en permettant aux producteurs locaux de sortir la tête de l’eau.
Ce qui est remarquable également c’est la vie à deux ou à six qui se supporte bien. Ce n’était pas gagné, entre les besoins d’indépendance et la fusion que nous ressentons. L’équilibre est fragile, il peut basculer d’un rien. Peut-être que d’avoir vécu l’un comme l’autre dans un bateau, peut-être l’un comme l’autre sachant que dans certains domaines il n’y a qu’un capitaine, peut-être que mis bout à bout, nous pouvons mener notre barque. Nous nous sentons souvent comme un jeune couple, ayant chacun vécu avec un.e autre, une vingtaine d’année. Il nous reste des choses à découvrir certainement, nous n’avons pas encore 10 ans, et pourtant nous avons un siècle de vie commune.
Je suis émerveillée, chaque matin, du chant des oiseaux.
Et de la couleur de l’eau.
Douillettement, le confinement.


C’est curieux, j’ai l’impression que les oiseaux s’habituent à notre présence.
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Et c’est bien bon.
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