Cher Journal

Cher Journal,

Ce matin je me sens ok pour t’écrire. Crois-moi, chaque jour que Dieu défait, j’y pense, et j’y renonce. À quoi bon?

Ce ne sera pas moi, derrière ces mots, ce sera mon double, celle qui oublie de penser que demain est un autre jour, qu’après la pluie le soleil, et qu’au fond, le talon.

Bref. Fait chier cette période. Fait chier de s’être laissée engloutir par le vent mauvais de l’actualité, d’avoir détourné mon attention de l’essentiel quoique l’essentiel ne soit pas le même pour tout le monde.

Ce matin je suis Ok, et j’ai nettoyé mon vélo. Il brille.

Que sont-ils devenus ces jours naïfs où je pouvais croire que le monde serait celui que je voulais, avec des enfants qui y vivraient en toute quiétude parce que j’aurais tout fait pour?

Avoir des enfants et se dire que finalement il faut fourbir leurs armes pour qu’ils puissent se battre et survivre, parce que le rythme qui nous mène n’est pas favorable. Il va falloir tirer des bords et espérer que des phares éclaireront notre route.

Cher journal, il y a des jours où je m’effondre et ça m’emmerde. Surtout parce que je ne sais pas dire pourquoi, ni pour qui, ni comment, et que ça reste en l’air comme l’épée de Damoclès avec qui je n’ai jamais gardé les vaches.

Hier, on discutait de faire, de foi, et d’agir. S’engager. Hier je me rappelais mon père maire et je me disais que le prix à payer pour s’investir coutaît cher à la famille. Qu’à chaque belle chose il y a le revers de la médaille, et que je n’en voulais rien savoir.

Sans doute qu’il est impossible de porter à ses seules épaules tout le poids du monde. Je choisis de tenter par de petits gestes d’aller plus loin, d’avancer, pour ne pas couler, pour rester debout. Je ne sacrifierai pas ma famille, ni mes enfants, la vie que je leur ai donné est plus sombre que celle que j’espérais.

Néanmoins, il me semble aussi que parfois, le moindre petit souffle d’air me fait l’effet d’une vague. J’ai besoin parfois, de mettre mes sensations en « off », pour resister à la pression, aux événements, à la vie. Et puis, il arrive que je lâche le bouton, et soudain j’entends le cri de la mouette plutot que le hurlement du goéland, j’entends le clapot de l’eau plutot que celui de la tempête, je sens l’odeur de canelle, plutot que celle des champs que l’on arrose de lisier, bref, je change de point de vue et il fait beau.

J’ai mis le bouton en off depuis 6 mois, pour laisser passer le vent mauvais, pour faire le dos rond et la plume de canard.

Et parfois je m’effondre, parce que c’est trop, et que je ne suis pas forte, ni resistante, juste un bout de bois emporté par le courant.

Mon vélo brille, et le rougail est cuit. Bon appétit.

2 commentaires

  1. Le rougail remède contre la mélancolie. Pour ma part je ressens un soulagement de n’être plus responsable, à la barre, toujours sur la brèche et de commencer à m’occuper de mes affaires, bien que je rame pour finir mon mémoire.J’ai une belle famille qui me réconforte tous les jours.

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