« Pas en sucre »

Le texte commençait par « ma fille, mon héroïne ». J’ai fini par penser que ça pouvait susciter des jalousies, faire croire à des préférences, et puis je ne sais pas pourquoi il faudrait penser à de la drogue quand on est juste fier.e.s.

Ça ne fait aucun doute, mes enfants sont des étrangers admirables. Je les observe depuis qu’ils sont sortis de mon utérus, et leurs exploits continuent de m’épater. J’ai une fille qui est douée en maths. Parfois je doute de lui avoir appris quoique ce soit, de fait, et parfois je pense avoir pas mal réussi, si elle y arrive là où j’ai eu 5 au bac, et encore ça devait être parce que la copie était propre (Bac A1, que les moins de… ne peuvent pas connaître, le deuxième plus gros coefficient c’était les maths).

Mon garçon se révèle doué dans le dessin, comme ma deuxième fille qui est aussi douée pour les langues. Mazette.

Non, le plus admirable, c’est qu’ils font leurs devoirs, râlent, mais les font malgré tout, même s’ils « lisent » jusqu’à pas d’heure ensuite, la trace du « livre » sur la joue au petit matin.

De plus en plus ils racontent des choses que j’ai peut-être su, mais ma mémoire de poisson rouge les ont effacées. Un jour, ils se sont fait un « match » de latinistes dans la voiture.

Ma grande, qui a choisi Histoire à la place de Médecine, parce que c’était trop long médecine (ça donne quand même idée des choix qu’elle avait), vit sa nouvelle vie d’étudiante, deuxième année de fac, en alternance, chez son père, chez moi, chez Jacqueline. Elle appelle dans la journée et elle dit « ça te dérange si je dors chez Jacqueline? ». Ben non. Il est 15:00, elle est à la BU avec un certain Guy, et courir au bus pour ne pas rater le train, c’est trop juste.

En vérité, c’est encore mieux que ça.

Ça fait des mois qu’on lui a offert un vélo, parce que c’était le hobby du moment (le mien certes, mais…) qui restait comme un pauvre cadavre de métal dans l’atelier du chantier. Un vélo de ville parce qu’elle travaillait à Lorient et qu’à la gare il existe des boxes pour laisser son vélo le soir. Et puis le confinement est arrivé et toutes les bonnes résolutions disparues sous la couette et les aventures de Tara Duncan (je cite ce bouquin mais elle l’a lu il y a des années déjà, c’est juste que j’ai du mal à suivre la consommation liseuse et autre).

Bref. Je faisais du vélo, seule, et tous mes espoirs s’étaient enfuis.

Et puis les vacances, avec le canal, le chemin de halage, la Loire. Quelques sorties pour voir. Du plaisir aussi parfois, l’impression d’être la reine.

La rentrée venue et toute les envies avec, nous posons son vélo chez Jacqueline, à encombrer l’entrée, il est trop beau pour rester dehors dit Christophe, et puis il pleut en Bretagne, même si à Lanester c’est moins salé qu’à Listrec.

Quand tout ou partie de mes enfants n’est pas à la maison, j’essaie de ne pas penser à ce qu’ils font, où ils sont, et si ça va etc etc. Lucile dormait hier soir à Lanester, soit, elle allait à la fac aujourd’hui, soit, information suffisante pour mon cerveau maternel.

Et puis à 14:00 elle m’a dit qu’elle avait regardé et personne n’avait volé son vélo. Hein?

Ma fille, bourrique en son temps, a choisi LE jour de tempête annoncée pour aller à la fac de chez Jacqueline, en vélo.

J’étais partagée entre le « oooh, bravo!! » et le « mais tu es folle! ».

Souvent quand je dis « tu as pris ton manteau » parce qu’il pleut, elle répond : « je ne suis pas en sucre ». Certes.

Elle était toujours à la fac à 15:00, je venais moi-même de me faire rincer et chahuter en revenant en vélo de la poste à Landévant, et la nuit serait tombée, et elle serait encore à la BU et le vent soufflerait, et elle se prendrait une rafale, et….

« Peut-être serait-il judicieux que tu prennes le chemin du retour ma chérie » ai-je dit.

Elle m’a répondu à 16:41 « maman j’ai les yeux verts quand je viens de faire 20 min de vélo ».

Ma fille est folle, mais c’est mon héroïne et je l’aime.

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