Droit dans leurs yeux

Je leur lisais une histoire de Tralalire qui s’appelait « Dans les bras de maman » de Claire Barre. Les bras de la maman étaient si grands qu’elle pouvait câliner tout le monde en même temps; le petit frère, la petite soeur, la girafe naine et Sacha le chat. « Les bras de maman sont si grands qu’elle peut câliner tout le monde en même temps ».

Mes enfants adoraient cette histoire, lue dans le lit le plus grand qui pouvait nous accueillir tous les quatre.

Je câlinais mes trois enfants, d’un seul bras en même temps, arrondis, en coupe, en cercle, la danse.

Pendant longtemps, je les ai regardés de ma hauteur quand je n’étais pas sur une chaise. Je baissais la tête, je me penchais vers eux, je me suis agenouillée jusqu’à ce que ça ne me sois plus possible, pour être en face de leurs yeux, caresser leurs cheveux, embrasser leurs cous, les porter sur mon coeur, les serrer en corps à corps. Je n’oublierai jamais la sensation du matin, encore sous la couette, quand l’une ou l’un, ou l’un ou l’une venait se blottir contre moi, leur corps entier intégralement pris contre mon ventre, les cheveux fins qui me chatouillaient le menton, câlin du matin pour bien commencer la journée.

Ils sont un prolongement de ma main, un prolongement de ma respiration, leurs coeurs battent et mon sang afflue, leurs poumons s’ouvrent et je respire, ils voient un chat, je vois leurs yeux qui brillent, ils mangent du chocolat, je grossis.

Ils sont rentrés ce midi des vacances chez leur père, comme ils rentrent une semaine sur deux. Sans doute que l’absence aiguise mon appétit, affute mon regard, ils arrivent, je suis là, ils entrent, mes bras sont ouverts, ils attendent leur tour, ils s’y blottissent, l’une, puis l’un, puis l’une, les trois, ma tête dans leurs cous, leurs odeurs mélangées, leurs parfums d’adolescents qui rentrent chez leur maman.

Ce midi, je les regarde, je ne baisse pas la tête, ils sont dans mes bras et leurs yeux, droits en face des miens.

Mes enfants sont si grands, que leurs yeux me regardent en face, droits, bleus, bleus et noisettes, leurs couleurs de l’automne un jour de beau temps, mes enfants sont mes quatre saisons, de celle qui nourrit à celle qui mue, de celle qui chauffe à celle qui sèche. Mes enfants sont si grands, que je dois allonger mes bras pour les lire, à moins que je ne doive changer mes lunettes.

Mes enfants ont si grands qu’ils me prennent dans leurs bras, et jouent à me soulever. Et je crie, et je ris, en eux je suis blottie.

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