Tempête

Le vent pousse à l’horizontale et il faut s’arrimer sérieusement pour ne pas vaciller. Ainsi va la vie qui nous bouscule.

Le chat est arrondi sur son coussin, je crois que c’est pareil pour le chien.

J’ai ressorti quelques pelotes, et les crochets, pour tisser sans doute, pour créer et donner sens à mes doigts, distraire mes pensées. Le piano d’Enaudi claque et virevolte.

Il ya quelques jour j’ai entendu que Keith Jarret ne se produirait plus. Je me suis souvenue de ces deux cassettes que j’écoutais en boucle, au grand dam’ de mes parents. De cette période où tout était encore à faire, où je pensais avoir le temps, où je pensais aussi avoir déjà souffert et connu la peine.

Si j’avais su.

Hier, à un moment de la journée que j’ai noté dans un coin de mon cerveau embrumé, un moment de quelques secondes, où j’ai eu l’impression que dans le cocon de la maison, tout était à sa place.

Peut-être était ce la qualité du silence, ou bien percevais-je la respiration des enfants, enroulés dans leurs couettes, ou bien encore un parfum de ce qui a été fait qui n’est plus à faire.

Peut-être que la table était débarrassée, que le bruit de lave vaisselle me rassurait, ou bien que le grondement de l’essorage un peu plus loin me faisait croire que d’autres faisaient avancer ma tâche.

Sans doute que la quiétude des bêtes à poils de la maison, ces animaux qui continuent de vivre et d’avancer quoiqu’il arrive, jamais déprimés, toujours prêts à répondre à la caresse d’une main, à frétiller à l’idée d’un jeu, ces animaux au comportement stable et donc paisible, impassible à la perdition du monde et à la folie des hommes, sans doute que cette langueur m’avait touchée.

Ou bien était-ce un vendredi après-midi, de ceux que l’on ne travaille pas en théorie, ou toute activité professionnelle supplémentaire est comme un don de mon temps que je fais volontiers, me disant encore que ce qui est fait n’est plus à faire.

Peut-être aussi que mes recherches sur la tétraploïde me donnaient mal à la tête et que l’envie d’en finir transformait ma vision des choses, comme un but ultime à toucher du doigt, atteindre au moins en pensée, comme un Graal que les Monthy Python ne trouveraient jamais.

Enaudi fait une rivière qui coule et m’aspire. Je me noie dans le coussin du canapé gris et j’entends le réveil des enfants qui ont faim. Oui, les enfants obéissent en priorité à leur estomac, c’est un fait.

J’ai offert des chocolat à la maman de l’homme hier et je lui ai commandé des sabots indestructibles et confortables pour qu’elle puisse ratisser son jardin et sortir de sa maison sans avoir à se tordre le dos pour lacer ses chaussures. Il me semble qu’un peu de confort ne nuit pas quand on a 89 ans ou même 48 et que le poids du monde nous fait sentir tout petit et misérable.

Ce matin le vent souffle à l’horizontale, il fait tempête, le linge est sec.

1 commentaire

  1. Je me retrouve bien dans ce récit et cela pour mon propre état d’esprit, celui qui me prend de temps en temps et correspond à un fond de personnalité avec ma tendance à la procrastination. Merci Tifenn

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