Bob Dylan. « Song to Woody ». Jamais compris plus d’un mot sur deux, alors ça doit être pour la guitare. Ou le débit traînant, façon : « je mâche un chewing-gum ». Ou encore, le côté Donald, Duck hein, pas l’autre, avec sa voix de canard. Le Bob jeune.
Je mets de la musique pour voyager.
Cette période me fait réaliser qu’elle va me priver de deux grandes passions que j’ai : prendre l’avion et aller dans un pays inconnu, avec une langue étrangère.
Il paraît que j’avais trois semaines quand j’ai pris l’avion la première fois. Je n’étais pas du tout écolo. Je fais partie de cette génération 70 qui aura connu tous les « progrès » qui détruisent aujourd’hui la planète. En gros, j’avais la possibilité du beurre et de l’argent du beurre. Dommage, je n’en ai pas eu vraiment les moyens. Ah ah.
L’avion m’a éloignée de mes grand-parents, quand j’étais petite, mais m’en a rapprochée, d’aussi loin que je pouvais être. Et puis quelle vantardise de dire que j’avais fait des milliers de kilomètres à des centaines de vitesse à l’heure, et que je pouvais changer de saison en 10 heures.
J’étais exotique.
C’était un avantage, je ferais bien de la fermer à présent qu’on sait le coût carbone, et le tourisme destructeur. Mon voyage en avion me faisait passer de chez moi à chez moi, comme ça, en vérité, je n’ai plus jamais été chez moi nulle part.
En Bretagne, j’étais trop bronzée pour être honnête et puis aussi je ne comprenais pas vite et je ne savais aucun gros mots. Dans mon île, j’étais trop Zoreille pour être vraiment créole même si je le savais et le parlais quand il fallait. Totoche to mama.
Une fois sédentarisée, à l’âge canonique de 29 ans, j’ai dû bouger le canapé pour avoir l’impression de déménager. C’est peut-être aussi pour ça que j’ai voyagé d’un bras de mer à un autre, des bras d’un homme à un autre. Le voyage.
Depuis 20 ans j’habite dans la même commune et ça ne m’étais jamais arrivé. Pourtant je ne suis « pas d’ici » on me le dit souvent, quand il m’arrive encore de prononcer un nom plutôt à la finistérienne qu’à la morbihannaise. Ou que je ne comprends pas le sens qu’on donne à certaines expressions comme « tantôt ». Si on te donne rendez-vous tantôt, chez toi, ne t’avise pas d’aller faire la sieste.
Et puis je ne sais pas sil ne faut pas verser son sang sur la terre où tu vis pour que les anciens disent que tu es d’ici, finalement, même quand tu connais mieux la géographie de la commune qu’eux, et que tu leur montre des endroits qu’ils ne soupçonnaient pas. J’ai peur que la sédentarité ne me fossilise de cette façon aussi.
C’est sans doute vers 38 ans et dans les bras de l’autre mer que j’ai commencé mon voyage intérieur. Ou bien que j’ai pu l’exprimer, quoi qu’il advienne, pour le malheur des uns et les doutes des autres.
Les voyages qui m’attirent le plus à présent sont sur la selle de mon vélo. J’ai réduit l’échelle de ma vision, ou changé le filtre de mes lunettes. Je m’abonne à des pages comme « voyager en France en vélo », et je réfléchis à la façon de pouvoir en faire même quand il pleut, même quand il vente. Je n’ai pas encore la solution car si le crachin ne me fait pas peur les 70 km/h du vent de ces jours-ci, font du crachin une mitraillette de pics glacés sur la peau de mon visage et je plisse les yeux, bref, c’est dangereux.
Voyager en soi, me paraît parfois faire le tour de mon nombril, ce n’est pas une bien grande surface, et revenir au point de départ ce n’est pas avancer. Néanmoins, j’apprends de moi tous les jours, distinguer ce dont j’ai envie de ce dont j’ai besoin par exemple. Je n’ai besoin de rien. Enfin si. Mais bon, il pleut, il y a du vent.
L’autre jour j’ai regardé une série où une scène tout à fait réjouissante est passée : le personnage, volage, fantaisiste, vivant, finalement, passe pour une véritable greluche ou plus exactement comme un « bon plan » pour être polie, aux yeux des hommes qui l’entourent. Les hommes en question ne sont pas de ceux que je garderais dans mon carnet d’adresse, pour des tas de raisons. Le machisme en étant une belle. Mais, tout à coup la greluche a dit : « je sais découper le gigot, mais je sais lire aussi ». Et là, grand moment de jouissance intellectuelle, féminine, et solidaire.
Je me sens parfois Noémie dans ma vie, quand les regards qui se posent sur moi évaluent qui je suis : un cul? une fantaisie? une ignare? une étrangère? une emmerdeuse? une secretaire? un dépotoir?
J’ai laissé tomber les escarpins pour les Birkenstock ou les Doc’s, je ne me maquille plus, du tout, les jupes sont longues et rares, je privilégie le confort, à l’esthétique boudiné d’un corps qui ne peut plus correspondre aux critères masculins généralement admis. Et depuis que je suis masquée, mon sourire ne me sert plus à rien dans les magasins de bricolage.
Le féminin a changé de camp, il prend soin de lui.
Pourquoi j’écris tout ça? Me demande pas. L’autre jour ma fille a dit une évidence : le respect aux anciens n’est pas un dû. Les anciens peuvent être aussi cons que les jeunes. Le respect est dû à tout le monde et l’âge n’est certainement pas un critère. Vouloir jouer de sa faiblesse parce qu’on est vieux est aussi mal venu chez moi que de vouloir user de son apparence pour obtenir quelque service que ce soit. Grattons un peu au-delà.
C’est pour ça que je suis une mauvaise commerçante, et que je vire les gens le dimanche.

Qui tu es? Une fille (de son papa)aussi et une reine du YEUN en son temps.
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Ah ah ah! Reine de l’enfer ça pose c’est vrai ! 🤣
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ce n’est pas donné à tout le monde!
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Et quand on sait le sens de mon prénom, il est intéressant de voir les oppositions s’affronter !!
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Lucifer l’ange déchu était aussi porteur de lumière au sens étymologique sans parler de Janus ou du DrJekill. Mais toi rassure toi tu n’est porteuse que de lumière.
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