Tôt

Il paraît que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. J’ai donc un bel avenir devant moi aujourd’hui, même si je ne l’ai pas choisi. Réveillée à deux heures et quelques par mon voisin de lit, un bain à 4h30, pour voir si, le petit déjeuner à 5h30, mais du coup, pour me réconforter, chéri m’a fait miroiter le chocolat que je me refuse à prendre de peur que le pot ne fonde sous mes yeux. Je ne sais pas quelle va être ma consolation d’être aussi tôt sortie des bras de Morphée, avec sans doute une ou deux rides en plus sous mes yeux en berne et le cheveux raide et blanc. La radio accompagne mon réveil pénible.

Depuis plusieurs mois nous valsons d’incertitudes en incertitudes, lentement souvent, vivement parfois, sautillant d’une journée à l’autre à cloche-pied ou bien façon gavotte avec le petit doigt tenu à celui du voisin. Quand on parle de vaccin, moi qui ne suis pas forcément pour, s’il peut me rendre ma légèreté, je prends. Vivre avec quelqu’un dit « à risque » alourdit forcément le quotidien. Chaque rencontre fortuite ou volontaire se fait sous le sceau de l’angoisse, les réflexes de prudence n’étant pas dans l’A.D.N. de tout le monde. Alors, je me nous vaccinerai.rons.

Ce jour là, j’espère que le café qui fume sera ouvert. Nous irions nous réfugier sur un fauteuil, prendre un café préparé selon des formules magiques. Je porterais mon regard sur toutes les cafetières, manuelles, à piston, en verre, électriques, à pression, à filtre, et je rêverais d’agrandir ma collection idéale. Et puis je me lèverais, la tasse au creux de ma main pour me réchauffer l’intérieur, pour déambuler devant les étagères d’épices ou de spécialités que je ne connais pas.

Peut-être que nous serions plutôt au Café Diem. Après avoir déambulé au Vent des mots et fait folie de livres. Je rêve à la collection du chat du Rabbin dont je n’ai pas les deux derniers tomes je crois, le dernier je suis sûre, et puis aussi les Vieux Fourneaux. Je voulais également refaire les Yoko Tsuno, parce que c’était mon héroïne quand j’étais petite, que je lisais à plat ventre sur la moquette kaki de Templemars.

En tout cas nous déambulerions, nez au vent, sourire aux lèvres, nous dirions bonjour à tous les passants qui nous souriraient en retour, nez au vent, nous prendrions le temps, celui qui nous retiens devant une vitrine, peut-être même que nous franchirions plusieurs portes, sans suivre les flèches, sans se méfier de rien. Nous serrerions la main d’un ami que nous croiserions par hasard, et nous papoterions épaule contre épaule, à nous postillonner de rire.

Si jamais nous sommes aventureux, peut-être même que nous serions à Quimper, avec nos amis préférés, au Maharadjah. Nous mangerions des Nans, des plats aux noms imprononçables, aux saveurs indicibles qui nous font voyager loin, sans prendre l’avion.Nous referions le monde, comme à chaque fois, S. nous rappellera que nous avions déjà dit ça il y a dix ans, quand nous ne savions pas encore. Nous aurions nos vélos en remorque pour le week-end prévu à rouler le long du canal, avec des étapes à Pont-Aven ou à la Gacilly par exemple. Il n’y a pas de canal par là ? Peu importe, je rêve d’un monde qui n’existe pas.

Ou bien nous chercherions en flânant notre future maison, celle qui a une vue sur un paysage vallonné, ou sur une étendue d’eau changeante, une maison loin des inconvénients et proche de tous les services, un îlot de vert, avec des arbres, hauts et grands, épais et larges, vivants et mouvants, nourrissants de leur ombre ou de leurs fruits, des arbres nichoirs et chantants d’oiseaux joyeux.

En attendant, je vis avec, avec l’inquiétude sourde et latente, avec les nuits blanches, avec l’envie de partir dans un monde où l’on marche à l’endroit, où mes enfants ne font pas connaissance avec leurs profs sans avoir jamais vu leur visage, je ne sais pas à quoi ressemble vraiment non plus la nouvelle pharmacienne au yeux noisettes, mais j’ai déjà vu le visage du futur enfant de ma soeur, en 3D. Contraste et splendeur d’une année folle.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je vais m’habiller. Il paraît qu’ici le soleil se lève en flamboyant.

3 commentaires

Répondre à Tifenn Annuler la réponse.