Le vent

Je ne suis pas poétique. En ce moment je m’éloigne de toute légèreté, et rien ne me paraît plus grave. La nuit ne me rate pas dans son langage aveugle qui me tient en éveil jusqu’à’à ce que le jour me mange. Et que j’oublie de quoi sont faits mes rêves.

Pourtant, un zeste de soleil entre deux feuille d’or de l’automne me font presque m’envoler. Pourtant, je voudrais arrêter le vent, juste à cet instant, quand il m’apporte un cadeau de l’arbre qui s’effeuille, comme s’ébroue le chien quand il sort de l’eau salée.

Mais je ne veux pas arrêter le vent. Il pousse les nuages qu’il a déposés pendant la nuit, il ouvre le ciel qui déverse son feu, sur l’eau qui blanchit, il me secoue les branches pour que je respire, il est foutraque avec la barre et laisse la mer recouvrir la terre. Moi seule, sans doute, peut comprendre ce que je viens d’écrire. Ici, le vent nous mène par le bout du nez, et c’est de sa faute si l’on a pas passé la Laïta ce soir, pour aller dans notre bulle.

Mais j’aime le vent. Sa force nécessaire qui nous contrarie, donne de l’oxygène à qui en a envie. Il me décoiffe, m’empêchant à jamais de me donner l’air d’une bourgeoise. Il tempère mes accélérations vélocipédiques (ça ne se dit pas d’après mon correcteur, mais tant pis).

L’autre jour ce n’est pas le vent qui a volé le vélo de mon fils. Ce n’est pas le vent qui m’a fait retourner les sangs quand j’ai compris qu’un intrus avait pénétré chez moi, choisi ce vélo là, le rouge qui pète, celui qui me donne la parole de mon grand ado, mes moments précieux de partage, quand il vient avec moi et Kounda sur les petites routes pour faire quelques courses, fait-on croire. C’est sur son deux roues « musculaire » qu’il me confie sa vie, ses doutes, ses angoisses, ses questions, ses espoirs. On a volé le vélo de mon fils mais bien plus que ça. Un projet, une aventure, un chemin.

Nous fermons les portes de la maison comme nous ne le faisions jamais, nous rentrons les clés des véhicules alors que nous n’en avions jamais la nécessité, nous devenons méfiants avant d’avoir été prudents, nous avons l’impression qu’on nous a enlevé un morceau de liberté. Notre bout du monde n’est plus inviolable, il faut croire que tout se dégrade, même ici.

J’ai vu des arbres coupés, allongés dans l’herbe, alignés comme des futs de canon, des montagnes de troncs qui s’érigent comme un mur, une forêt qui deviendra un meuble inerte, un arbre sur lequel le vent n’aura plus prise. Ils ne se déracineront jamais plus lors des tempêtes, ils deviendront peut-être un bateau, ils pourront flotter sur l’eau, ou se transformeront en coffre et renfermeront des trésors. Sils n’enchantent plus le ciel, il réchaufferont peut-être l’intérieur d’une maison. Et alors je n’aurais plus rien à dire, moi, devant mon poêle alimenté par les petites bûches coupées d’un arbre ainsi sacrifié. Y a t-il une résilience de l’arbre?

Le figuier érige ses branches nues comme la supplication d’une prière. L’hibiscus se couvre de lichen et la haie du jardin est le refuge de dizaines d’oiseaux, peut-être des centaines, au bruit qu’ils font le matin comme le soir, à l’heure où ils doivent se raconter des histoires. Parfois, les branches hautes du chêne sur lesquelles il reste encore des feuilles, abritent une bagarre d’ailes, de territoire et de chasse gardée. Heureusement, le chat passe la plupart de sa journée à roupiller, et je ne sais ce qu’il fait des ses nuits à l’angle du canapé.

Demain c’est dimanche et ce sera bien la première fois que nous irons flâner en ville, par solidarité, mais sans prendre un café.

À moins que le vent…

4 commentaires

  1. Ah zut, ce vol est terrible. Figure toi que l’amie à Rouen, qui avait acheté très cher un vélo électrique extraordinaire et comptait apprivoiser ses peurs avec, pensait faire chemin avec lui, et bien, il était au garage, fermé mais pas à clé, le garage ( tout bien protégé, mur et porte en genre de mue en acier-tôle, tu vois, donnant sur la rue, la porte est une porte classique, porte d’entrée de la maison, on entre via ce lieu-sas, buanderie, atelier, etc ( les voitures n’y entrent pas, pas prévu pour). Il y a tous les vélos, des manteaux, les réserves de nourriture, des placards, machine à laver, etc et il y avait deux vélos électriques. Un de base, utilisé tous les jours, et celui de Madame, très peu utilisé pour le moment. Il a disparu. Dans la journée, quand il y a du monde dans la maison la porte d’entrée qui donne sur la rue c’est pas fermée, pas toujours. Mais si tu es au jardin ou en haut,tu n’entendras rien.

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    1. Le VAE de chéri est toujours là. C’est le vélo « musculaire » de min fils qui est parti. Il en reste encore deux autres à piquer. Le mien est bien dans min bureau. Il une toute la place mais c’est sa place. Nous avons cadenassé depuis. Et nous garons le véhicule bien collé à la porte. On se relève quand on oublie de l’avoir fait. Parce que la méfiance ca s’apprend.

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