Le temps mort s’est fait la malle

Il fait gris comme la buée sur les lunettes quand tu respires. Il fait humide comme la feuille de salade essorée. Il fait sombre comme l’intérieur du sèche-linge. Et pourtant, au 28 ème jour, j’ai senti la lumière dans l’os de l’omoplate. C’était peut-être en éminçant les échalotes, alors que la larme affleurait l’oeil et le nez la moutarde. Ou bien c’était à la deuxième louche de curry, parce que nous le valons bien. Bref, c’était, et bien.

28 jours de procrastination, peut-être, pour se sentir coupable d’avoir envie de ne rien faire. Or, ne rien faire n’est pas français, ça se saurait. Le Français, il râle, il rouspète, il désaccord, mais il ne fait pas rien, peut-être même qu’il pète.

Un tendeur a lâché dans mon dos qui m’a alanguie.

Une malheureuse cliente a dû appeler 3 fois dans un intervalle de 10 minutes sur un temps d’ouverture officielle de l’entreprise elle ne comprenait pas que je ne réponde pas non vraiment pourtant « j’appelle sur les heures d’ouverture » disait-elle parce que c’est ainsi les gens s’habituent à tout tout de suite et on arrête de respirer parce qu’on a perdu la virgule du temps.

Il n’y a plus de temps de temps mort, il s’est fait la malle, emportant dans son filet points et virgules voire même parenthèses de liberté.

Mine de rien, éplucher les échalotes, ça prend du temps. Il faut couper les deux extrémités, avant d’enlever la première peau, parfois un peu plus, et puis recommencer car il ne suffit pas d’une seule mais de cinq au moins, pour faire un repas de six. Ensuite il faut l’émincer, avec le couteau adéquat, faisant gaffe à nos petits doigts, souvent gourds ou maladroit si d’emblée, ils sont distraits. Il se pourrait qu’une chanson détourne l’attention, et alors la larme de l’échalote pleure sur le doigt un goutte de trop qui passe au tranchant d’une lame. Mais la musique est ainsi faite que l’on oublie vite, après l’ail, que l’on a eu mal, peut-être.

Ensuite il faut de l’huile d’olive et un filet. Un filet qui n’attrape rien, un filet qui coule, sur le poisson déjà en filets. Un filet d’huile, et tout roule au gourmet qui tente sa chance d’épices nouvelles, quitte à faire râler l’enfant rebelle, adolescent infidèle.

28 jours et je n’ai plus peur du temps que je n’ai pas, ou bien me trompé-je ? puisque du temps je dispose et je joue.

Je suis à ça. À ça de comprendre enfin que rien n’a d’importance que l’embrassade et le câlin de ton enfant qui vient contre toi, poser sa joue ou bien son cou. À ça de sentir qu’au fond tu n’es pas si vieille que tes articulations voudraient te le faire croire, un peu d’oignons et d’aux et vade rétro le temps qui passe.

Ici nous sommes, et profitons en tant qu’il dure le temps qui vient à se faire beau, même dans le noir.

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