L’âge

L’âge est un oignon.

Il pique les yeux quand il s’affiche devant un miroir. Même en souriant à pleines dents, l’oignon résiste. Il pleure des larmes de crocodile, qui n’a jamais gouté d’eau salée.

L’âge est un oignon.

Une couche s’ajoute chaque année enfouie. Parfois, il suffit d’un seul événement, une émotion un peu violente, une nuit ou plusieurs sans sommeil, et le temps qui passe s’entasse, imparable.

L’oignon s’élargit.

Et les hanches aussi.

Peut-être que le poids des doutes et du savoir, ou bien celui des espoirs perdus, s’ajoute, un peu plus à chaque fois, comme un habit de trop qui se faufile sous ta peau, une carapace, une armure, une pelure sans fêlure.

L’oignon brunit.

Sa peau se tache, comme un léger coup de pinceau oublié, devant la toile esquissée. Une main lasse qui sur le front, laisse sa trace. Un sillon qui se creuse devant les questions insolubles, ou bien quand le rire est parti bien loin, au coeur de l’oignon engoncé.

L’oignon se plisse.

Il s’assèche, la peau s’affine, transparente, qui dévoile un peu plus le bleu de la vie qui coule en lui, sur une tempe qui bat, un pouls qui cogne, un tracé sous jacent de son étiolement.

L’oignon s’effrite.

Il a bien grandi, il a bien mûri et puis il a bien laissé l’oubli s’emparer de lui. Il est posé comme un con, sur le bord d’une étagère, un peu bancal, prêt à tomber peut-être, mais peut-être pas, car sa base si large s’est ramollie, et peut-être que c’est ça qui lui laisse un peu de répit.

L’âge est un oignon qui s’épluche au gré du vent que fait une porte qui claque, à l’envol d’un enfant, au frisson qui s’élève quand une main le frôle, l’oignon frivole.

Et puis un jour,

Il frit.

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