T. Comme instant T.

La pluie tombe droite, entre les feuilles vertes du chêne. C’est la première fois depuis des jours.

Le vent continue de souffler le froid, comme si le sud n’existait pas.

Il pleut et c’est mieux qu’un ciel gris qui ne sert à rien.

C’est le jour du début du mois, de la fin de la saison, de la continuité d’une vie. Il paraît qu’il plait.

Nous avons tourneboulé nos sens et viré de bord sur plusieurs horizons en moins d’une saison. Nous avons perdu le cap fixé, pour en chercher un autre, plus proche ou moins risqué, nous savons qu’il reste encore pas mal de bords à tirer.

« On n’est pas rendus » dirait-on par ici.

Parfois, ma façade sociale se fissure devant le vide qui me fixe de son regard goguenard et j’en frissonne.

Dans un western, on verrait le muscle de la mâchoire carrée, battre en rythme, le regard certainement bleu sur une peau burinée se porter sur une montagne invisible, et on serait de tout cœur avec le héros qui, sans doute, est à la poursuite d’un méchant, ou bien proche des retrouvailles avec son aimée, taille fine, cheveux longs et en bataille, bouche pulpeuse, voix (traduite) pointue et agaçante.

On saurait sa décision prise quand, d’un talon viril il aurait lancé sa monture dans un nuage de poussière qui nous laisserait assoiffés, pantois et tout tendus, dans l’attente de sa réussite finale.

En attendant, la haie continue de chanter mille oiseaux, nous n’avons presque plus besoin de réveil le matin, si ce n’est qu’on est pas encore à leur rythme. Le naissain a été mis à l’eau, les deux seules marées de la semaine qui n’ont pas bien descendu, évidemment, nous faisant courir entre le jusant et le flot, flotter dans nos cottes, tremper nos bras jusqu’au coude, et fuir la goutte d’eau dans le dos.

Ce sont des moments qui restent, parce qu’ils sont le début d’un cycle, d’un espoir.

Je suis passée du vélo au Merlo, liberté de l’un, puissance de l’autre, placer le curseur de sa place à sa place, et s’affaler dans un livre.

J’aurais bien trouvé un titre « Une femme ordinaire » (en 1886, en 1920, en 1990 et en 2020). Mais ma montagne n’est pas invisible, et je crains que mon talon ne soit pas assez viril.

Ou bien que je n’aie pas encore assez mordu la poussière.

2 commentaires

  1. J’adore ton talon viril, le ciel gris qui ne sert à rien. Et puis le sud, quand tu es en bas, ne t’apporte pas vraiment la chaleur désirée…L’intelligence est de s’adapter, surtout à ce « contre » quoi on ne peut rien. mais ton recul et ton sourire sont encore preuves, s’il en fallait, que tu en as en suffisance et même plus

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