L’Océan Vertical

Il faut s’occuper l’esprit et le cœur pour éviter à mon corps de vaciller.

Le tunnel ne fait pas cinquante ni cent mètres, il commence à cinq cents et il faut que j’accepte. Mes épaules re resserrent, mon cou se tasse, mes yeux se plissent à la recherche de la lumière au bout.

Elle n’est pas encore visible, on nous fait croire qu’elle existe par ce balisage d’ampoules bleues ou orange, comme des guirlandes, qui nous guident.

Sans doute que mon cerveau se ramollit aussi.

Soudain, c’est l’ouverture, le ciel je crois, mais que dis-je non, ce n’est pas le ciel mais cette paroi immense de la montagne, qui nous élève où nous écrase. Mes yeux réduits, aveuglés au passage de l’ombre à la lumière, s’écarquillent.

Mon corps prend en plein cette dimension verticale.

Alors que je commence à m’y faire et à voir clair, me voilà suspendue à cette route posée sur des allumettes de béton.

Je réalise encore une fois que le corps est fait du paysage qui l’entoure.

Mon malaise de l’inconnue verticalité en suspension sur un vide sidéral se traduit par une apnée qui se soulage dans un soupir que je ne pensais pas retenir. Je réapprends à respirer un temps.

Fille de Bretagne, je suis plus liquide que de pierre même si j’élève des cailloux. Au fond, l’étendue d’eau immense qui peut me faire face dans mon quotidien, est sans doute aussi infranchissable que cette muraille, à quelque montagnard.e qui viendrait se frotter à l’eau salée.

Alors, l’Ocean ne serait il pas aussi vertical au regard d’un étranger à mon paysage ?

Le Tunnel du Mont Blanc se termine, j’ai traversé l’Océan.

2 commentaires

  1. la montagne m’oppresse …

    Te lisant, j’ai ressenti l’angoisse en moi.

    De plus, j’ai le vertige. Mais pas en haut d’un mat. Même si le bateau bouge !

    Suis-je normal , Docteur ?

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