Printemps

on a envie de laisser toutes les fenêtres ouvertes. Peut être pour l’air fleuri, peut être pour le chant des oiseaux. Quelques portes claquent, comme si la maison s’animait d’elle même, comme si elle devenait vivante. 

Ce matin, l’herbe était déjà sèche sous les pieds, ce midi, on pouvait y marcher nus pieds. 

Le café n’a pas le même goût quand il est pris alors que le soleil chauffe le dos, ou plisse les yeux. Il devient presque trop chaud, la bouche appelle une boisson plus fraîche, un thé à la menthe, peut-être. 

Je ne me souviens pas des tulipes plantées sous l’arbre, mais elles ont pris la suite des fleurs du magnolia qui les a toutes envolées au vent des tempêtes. Le chêne est vert, ce vert tendre qui s’émeut, se dévoile, jeune encore avant de prendre sa teinte plus foncée de l’été. 

Hier soir, nous avons refait les lits. Le coton rêche a gardé le parfum du vent, il a séché vite, claquant sur le fil, tournicotant autour des épingles, sautillant de joie, il s’emmêle de lui même, cherchant sa route dans le paysage changeant. 

Les petites routes sont encore plus petites avec les voûtes feuillues qui se reforment. Les écureuils deviennent plus téméraires, ils traversent comme une vague, l’asphalte, on dirait des feuilles d’automne qui se sont égarées dans les saisons, petits êtres soyeux et souples, qui s’en donnent à cœur joie de la vie qui revient. 

J’ai croisé de plus gros écureuils ce matin, on aurait même dit un chevreuil. Il est descendu du talus lentement, puis s’est affolé en m’entendant arriver. J’ai eu le temps de le regarder, grand chien bondissant, petit élan des zones tempérées, animal furtif et gracieux. 

Les vaches crème avec juste un nuage de café, cherchent un peu d’ombre l’après midi. Elles se rapprochent des abords du champ, leur tête presque dans les ronces, il doit y avoir, là,  un peu d’eau d’hiver sous leurs sabots, il n’a pas plu depuis plusieurs jours. Les ibis royaux continuent de paître autour d’elles, si près que l’on craint l’écrasement, et pourtant, bêtes lourdes et massives ne frôlent jamais les plumes fragiles. 

Les pissenlits et pâquerettes se mêlent à de petites fleurs mauves qui tapissent le sol. 

J’imagine que sous terre, c’est la fête, les petits vers qui ondulent, les fourmis qui circulent, les araignées doivent bien se préparer à attraper tous les petits bidules volants, ceux qui errent dans le vent, qui ne savent pas lutter contre l’air tiède qui les porte et les emporte, nuages d’insectes, que l’essuie-glace balaie d’un geste. 

Même le chat stridule, comme si un pinson s’était fourvoyé dans sa gorge, il est capable de presque aboyer, des petits cris pour appeler une copine, ou pour attirer une souris. 

Le printemps, c’est aussi le retour des enfants, lourdement chargés de leurs sacs, qui sèment au hasard, pulls, vestes manteaux, chaussures, avant de repartir jouer dehors, avant d’être en retard pour le dîner, tu comprends le soleil lui, a le droit de se coucher plus tard, alors nous aussi. 

Ils ont les joues rouges et la peau fraîche, ils trépignent de tout ce temps qu’ils ne veulent pas accorder aux devoirs, leur regard flânant dehors, à battre la campagne, à courir dans les herbes et sur les rochers. Il y a bien un soir ou deux, où ils vont rentrer les pieds trempés, tu comprends maman, j’ai failli attraper un poisson, mais c’était le bout du quai. 

Il y a des moments dans la journée où je peux imaginer que c’est bientôt l’été. 

2 commentaires

  1. Je voulais justement te demander des nouvelles des plantations pour le petit chéri ange. L’arbre a bien pris, donc ?

    Le printemps, la plus magique des saisons. Dont jamais ne se lasse.

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