Clope de merda

Je viens d’abandonner mon poste. Ras les fesses de cet ordinateur noir qui me regarde depuis ce matin, capable de vriller mon crâne d’un air bravache, genre t’en auras jamais fini avec moi.

Privée de ma balade ce matin, une livraison annulée in extremis, crotte, flute, devant l’ordinateur j’ai encore la clope qui me démange, cette chienne qui aboie agacée que je lui tourne le dos, qui m’attrape la manche, qui me tendrai sa laisse pour que je la tienne entre mes doigts.

Tu me diras dans le camion, ou la voiture, le chewing gum se mâche encore mieux qu’en marchant. J’oublie parfois ma bouteille d’eau, avec laquelle j’avais fait amie amie pour remplacer la taffe par la gorgée, pour épurer un corps pollué, gavé de nicotine, pourri.

Le soir, sur le canapé, il zappe, je m’ennuie, ça me gave ces images sans sens, qui disent juste la violence, qui tape le système, où est le beau?

Alors je m’agace, je me lève, je ne sais pas où aller, je me rassois, je soupire, je tourne en rond, j’avale un morceau de pain, je vais faire un café, déjà deux tartes aux pommes, un gâteau aux pommes, des pommes au four, deux crumbles aux pommes, manque plus que la compote pour un panel complet d’épanouissement culinaire défoulatoire de la clope qui tue.

Et la soupe.

J’entends le silence, ou bien le tracteur, ou le bruit du chaland qui part ou encore la patte du chien qui tape à la fenêtre, lui aussi il tourne en rond, sa copine doit être partie en vacances, alors il entre, il sort, ou plutôt, je lui ouvre et je ferme, et je lui ouvre et je ferme, je râle, mais que fais tu bon sang, à tourner en rond comme ça? Tu fumais toi aussi?

Y a pas les enfants alors y’a pas de lessives ce soir, peut-être demain, je mets le lave vaisselle à tourner, avec rien dedans, juste deux casseroles, une poêle, dix tasses et deux fourchettes. Rien quoi, mais ça occupe, ça nettoie, ça remplit le vide du manque.

Je voulais aller au cinoche, mais rien vu qui attire, ou qui addicte, rien, qui me fasse vibrer, en ce moment de dévibre, je ne ressens rien d’autre que des irritations, des trucs qui grattent, qui chiffonnent.

Je gère. Ouais. Chuis zen. A fond.

Paraît que d’arrêter ça fait du bien.

Putain, je sais pas où.

Peut-être la peau déjà qui se réhydrate (j’ai mis mille ans à trouver le mot réhydrater l’autre jour, ça venait en « humidificateur » ou bien en « peau qui repulpe » le truc idiot, le manque rend con).

Peut-être de ne plus être essoufflée quand je marche, quand je marche, tiens j’ai un truc de ouf sur mon portable qui me dis le nombre de mètres que je parcours chaque jour, ou bien le nombre de fois où j’ai monté un escalier. Quand j’ai découvert ça, ça faisait déjà plus d’un an que j’étais enregistrée à mon insu. Alors, bref, quand je marche, donc entre le bureau et le salon, ou la cuisine, et le bureau, et le chantier, voire jusqu’à la voiture, c’est pas glorieux mes marches, c’est pour ça aussi que je me sens bouillir.

J’avais envie de marcher dis donc. Moi. Qui n’aime pas ça. Marcher c’est comme la voiture, aller d’un point A à un point B. Si je n’y vois pas un truc utile ça ne m’intéresse pas. Viens marcher avec moi, je t’écouterai parler, et puis je m’arrêterai tous les dix mètres pour faire une photo. C’est ça ma marche. Un pointillé de photos, et ça gave ceux qui m’accompagnent. Ma marche doit être solitaire, comme un diamant.

Merde, il pleut.

Tout à l’heure on va faire la marée. Il pleuvra peut-être encore, et il fera sans doute nuit.

Ou presque.

Tiens, depuis que la clope m’est sortie des yeux, je suis moins fatiguée à la marée. Si ça se trouve je vais aimer m’en prendre plein la poire, de la pluie qui mouille et qui fait mal à ma nouvelle peau pulpée.

L’eau se fait moins lourde à trainer derrière mes cuissardes, je fend l’eau, elle n’a qu’à se carapater, si elle ne veut pas que je m’énerve. Alors, elle se faufile, et me prend encore en traitre, en se glissant de mes gants à mes coudes, sous le manteau, la garce.

Je tombe de fatigue des fois. Je ne sais pas pourquoi, ça me cueille en plein vol et ça m’assomme, je deviens une poussière, une bille de plomb, un truc pas possible à bouger, ou qui disparaît. A une époque, j’aurais fumé une clope ou deux, histoire de me remettre en route, je n’ai même plus cette excuse, la remise en route elle doit venir d’ailleurs, remonter de plus loin, d’un temps où la nicotine n’existait pas.

Ah ça, je ne peux pas dire que je ne suis pas efficace. Je brasse encore plus de vent qu’avant. Un vent pur, tu noteras, juste iodé de frais, de pluie, de soleil du matin, quand j’arrive à ouvrir les yeux.

Y a eu quelques jours où je me suis réveillée comme une rose, mais depuis quelques nuits je ne dors pas. Je me dis que la putain essaie encore de m’avoir, baroud d’honneur, la salope.

Je lis parfois le mois sans tabac qui trône quelque part sur la table du salon. Paraît qu’on est au 15eme jour, en fait ça fait plus, mais on a triché un peu en Belgique. Pas à cause des Belges, hein, ils sont trop sympas les Belges, non, juste parce qu’on voulait rester gentils. Bons comme des pigeons enfumés.

Et donc de temps en temps, y’a des phrases comme « vous vous sentez mieux » Oh la bonne blague! Non! bordel de merde, je ne me sens pas mieux!

Enfin si, là, juste là, d’écrire des tas de gros mots, comme ceux que j’interdis à mes chérubins, qui sont toujours polis et ne disent jamais putain ou chiant ou salope. Voire connard.

Là, ça fait du bien.

Merci clope chérie de me donner cette occasion de me défouler contre toi, qui m’a bien fait chier, donc, depuis que j’essaie de te quitter.

Depuis que je te quitte.

Et même, je vais te dire, ma pire grossièreté : un jour, tu me seras indifférente, tu ne seras plus rien pour moi, et ça, y’a rien de pire, pas vrai.

Merde alors.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 commentaire

  1. Putain merde fait chier salope de fille salope de clope chérie mon amour passe moi le paquet fout moi zen une tranche
    Tu ne vas plus dans une salle de gym ?

    Bon, moi j’ai fait la paresseuse, pas de yoga chez moi depuis 4 jours et je frôle la cata.

    Un mois un mois un mois. C’est bon pour les pommes, pour les soupes, bordel de merde de chié de clope, oui mais c’était elle en toi, et toute la ribambelle.

    Bordel de merde, on va les enterrer ces clopes les écraser pour de bon.
    Pom pompom

    Moi je suis gagnante, j’ai même des commentaires sur mon blog, c’est la révolution

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